Il faut prendre les légumes par les sentiments


Rodolphe franchi, chemin, histoires d'escargots

Rodolphe Franchi, Chemin, série Histoires d'escargots (2012)


Les jardiniers vivent au quotidien sur la pointe des pieds, ce sont des danseurs. Peu de métiers peuvent se vanter de jouer ainsi des sens sur quatre saisons. Quoi de plus beau que de donner la vie à un petit pois au printemps, à une tomate en été, à un céleri-rave en automne et à un cardon en hiver ! Le travail et les mains expertes font des légumes magnifiés : je veux que l'on parle de la carotte comme d'un grand cru !
Alain Passard, chef 100% légumes de l'Arpège, L'imaginaire des jardins, hors-série Télérama
Ici, les histoires d'escargots de Rodolphe Franchi




denis brihat, grand oignon germé, tirage argentique viré à l'or

Denis Brihat, Grand oignon germé, tirage argentique viré à l'or (2009)


Si les oignons font pleurer, c'est à cause du respect humain. Dans l'ancien temps, les oignons faisaient rire et chacun les respirait afin de trouver la gaieté. Un sage blâma ce rire dénué de fondement et les oignons en furent humiliés. Ils comprirent que les larmes seules sont tolérables sans motif.
Norge, Si les oignons font pleurer, Poésies 1923-1988, Poésie/Gallimard
, les images du photographe Denis Brihat


23 avril 2017


Commentaires

1. Le dimanche, 23 avril 2017, 18:35 par Marie

J'adore Norge, trop méconnu à mon goût...
Sur le sucre :

Sucre candide

Maman, l'hiver,
m'en donnait un petit morceau
pour la gorge,
quand je partais à l'école.

L'instituteur m'apprit un jour,
qu'on ne dit pas le sucre candide,
mais le sucre candi.

Quelle déception !
Le lendemain, je doutais du Père Noël
et un peu plus tard,
je réfléchis à l’existence de Dieu.

2. Le dimanche, 23 avril 2017, 22:51 par lynxxe

Je me régale de ce poème que tu me fais la joie de découvrir. Les mots de Norge, c'est un festin ! Je l'aime profondément, sa gaieté, sa sensualité, ses airs d'innocence, sa truculence, son intérêt pour les petites bestioles et les grandes. Mon recueil de ses Poésies part en morceaux (j'en ai racheté un neuf, mais je reviens toujours au premier, compulsé, lu et relu).

Sucre candide a une résonance toute particulière. Sa chute m'a rappelé l'impact des micro événements sur le cours de nos pensées et vies. Vers 6 ans, je croyais toujours au Père Noël choisissant et distribuant des cadeaux à tout un chacun. Et voilà que ma mère a insisté pour que je griffonne Joyeux Noël Maman sur la pochette de son cadeau (un 45 tours qui m'indifférait complètement), pour que je dise à mon frère que ce superbe marsupilami en latex (que je convoitais secrètement) était mon cadeau. Une incongruité qui a créé un basculement. J'ai mis en question l'existence du Père Noël et douté de la cohérence d'esprit des adultes.

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