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L'oiseau Rock est décrit par Marco Polo, les Mille et Une Nuits et certaines légendes russes. Il est si vaste qu'il obscurcit le ciel lorsqu'il passe. Le Simorg des poètes Soufis vit sur la montagne de Kâf et ses plumes guérissent les blessures. Les oiseaux de la déesse celtique Rhianon réveillent les morts et font mourir les vivants avec leurs chants. Autant de manières par lesquelles les "anciens" rêvaient l'oiseau, pensons-nous. Mais pour René Guénon (peut-être le seul auteur réellement anticolonialiste de l'entre-deux-guerres), les "anciens" avaient connaissance d'un univers plus subtil et ces être fabuleux appartiendraient à ce monde invisible pour nous. Pour lui, les récits de ces voyageurs du passé seraient aussi "objectifs" que les nôtres.

Peut-être qu'une société voit ce qu'elle croit ? Peut-être qu'il n'y a pas d'univers objectif et que nous percevons une croyance collective ?

Si une société croit aux oiseaux Rocks, au Simorg, aux lutins, aux elfes, elle verra des oiseaux Rocks, des Simorgs, des lutins, des elfes... Si une société croit à un univers-objet, les individus qui la composent verront un univers-objet. Aucune vision n'est plus réelle, plus juste que l'autre. Simplement, l'incroyable arrogance de la civilisation occidentale lui fait croire qu'elle détient l'unique vérité, comme les missionnaires chrétiens étaient persuadés de détenir la seule religion véritable face à la barbarie généralisée...

Érik Sablé, La Sagesse des oiseaux (extrait), Zulma

Vahid Esmailzadeh, Owl