Pas de deux
Par lynxxe le dimanche, 3 juin 2012, 10:00 - Mots - Lien permanent
Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes
tant de pensées divines.
Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d'oeillères.
Je ne cesserai pas
de chanter, la rue, le parc, la mer,
car je te connais,
car je t'aime et te connais
Je ne cesserai pas
d'apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais ;
car je te crains,
car je t'aime et te crains.
Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t'aime et te garde.
Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l'adieu
ne remonte sur l'eau.
Edmond Jabès, Chanson pour toi (extrait) - Je bâtis ma demeure, Gallimard
Sally Gall, Blossom #10, Study for a Roman Fresco, Tossed (le site de la photographe)

Commentaires
Oh j'aime ça !
et cela décomplexe côté répétition, dire comme on veut et dire plusieurs fois comme on porte dans ses bras une belle
Quel texte magnifique!
De ces mots qu'on souhaite avoir envie de prononcer!
C'est beau,
et en même temps ça me glace, cet enfermement...
Si vous aimez, chouette !
Puis je me suis offert une petite anthologie de la pôésie érotique française, alors alors, il y a tant de beaux textes.
Lise, c'est ça que j'aime.
Il y avait une chanson de Françoise Hardy que j'adorais, Tu verras. Elle est ancienne, c'est dire si ce fantasme me tient depuis longtemps. Mais pfuhh, je ne l'ai pas vraiment réalisé. Ne désespérons pas, n'est-ce pas. Bises à toi.