Le jaspe vert des solitudes




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Je viens de lire un billet de Xave qui me laisse sous le choc. Comme bien souvent.
Il exprime ce que je peux parfois éprouver avec bien plus de clarté et de précision que je ne saurais le faire car mon intuitivité m'entraîne à flotter parmi des impressions confuses qui s'enrichissent ou s'emmêlent mais me donnent rarement une direction.
Je suis allée lire les billets que Xave a mis en lien. Pareil, ce sentiment, si réconfortant, de comprendre quelque chose qui était là et ne savais me formuler. C'est à propos de ce que l'on pourrait sans doute appeler la force intérieure, juste celle qui ferait tenir debout dans la dureté de la vie et que l'on m'a souvent attribuée. Cette force que les autres semblent encenser.

Mais non, cette force là n'est pas moi. Et elle n'est pas souvent en moi. Et quand elle est là, elle n'a rien d'admirable. Juste une cuirasse qui protège un peu mes fêlures. Ou une canne qui me tient à peu près debout. Un pis-aller, car je n'ai pas d'autre possibilité en magasin. Je ne veux pas, pas encore, me laisser complétement tomber et je ne peux pas m'enfouir la tête dans le sable comme je le voudrais.

Je n'ai pas apprécié que l'on me catalogue comme forte quand Sevi est mort. Je ne suis pas forte de vivre seule dans une grande maison isolée. Je n'aime pas que l'on me trouve forte parce que je me trimballe une maladie qui certes ne fait pas mourir mais qui peut salement et douloureusement paralyser. J'ai de la chance, j'ai droit à une biothérapie qui marche si bien que je suis considérée quasi en rémission. Mais jusqu'à quand et avec quels effets secondaires ? La question traîne dans un coin de ma tête, handicapant le futur. Non je ne suis pas forte, j'affronte comme je peux ce que je peux, et ce n'est pas sans conséquences. Je m'enferme, j'échafaude des frontières, je ne parle pas de ce que je ressens, je tire le rideau. Cette force n'est qu'un leurre. A son revers, ma sensibilité ne s'est pas calmée, elle s'est exacerbée. Un rien, d'un coup et de manière inattendue, peut me me mettre les larmes aux yeux, l'angoisse au ventre, un chat qui quémande à ma porte, un oisillon qui tombe du nid, une personne qui meurt brutalement, un enfant qui se jette dans les bras de son père. Un homme qui dans un film recommande à une femme de prendre soin d'elle. Et comme dit Xave, un nuage qui passe. Mon armure est pleine de trous. Mais c'est quand elle sera en loques que peut-être j'aurais une vraie force en moi.


Le Chat-Matagot, lutin-fauve excessivement féroce. Illustration de Claudine et Roland Sabatier, tirée de La Grande Encyclopédie des Lutins de Pierre Dubois



Des nuages, par Xave
Leçon de vie : et mon cul c'est du poulet, chez la Fille aux craies
Leçon de vie, mes fesses, par la Bouseuse


Commentaires

1. Le mardi, 1 février 2011, 21:03 par Anthom

Je suis d'accord, oh! combien...
Merci pour ces liens . Je crois que, moi non plus, je ne saurais pas dire les choses si simplement...je m'emberlificoterais dans les explications pour dire la même chose!

2. Le mardi, 1 février 2011, 22:53 par lynxxe

Anthom, ah oui, le sentiment que cette force que l'on est finalement bien obligée d'avoir dans certaines circonstances finit par emprisonner. Ou ne vient que camoufler les blessures. Et n'empêche pas de se sentir si mal.
Personnellement je n'ai jamais compris le fameux "Ce qui ne te tue pas te rend plus fort". Ce qui ne te tue pas t'amoche sérieusement, ça oui !

Même si j'essaie de lire ce qu'écrivent les autres sans trop réinterpréter pour moi, j'ai ressenti un bien fou à voir exprimé ce que je ressens sur ce sujet !

Eh mais dis donc, moi je considère ta pensée comme très claire !

(et ce fichu blog qui ne veut plus se souvenir de moi, et ces commentaires en pattes de mouche, va falloir que je m'y colle un de ces jours, ou du moins que j'essaie !)

3. Le mercredi, 2 février 2011, 11:35 par Claudine

Ils me touchent beaucoup tous ces liens et commentaires. Et comment rajouter encore un commentaire sur ces sujets ?

Il me vient que ce qualificatif de fort doit rassurer ceux qui l'emploient. Ca doit leur permettre de prendre de la distance face à celui qui souffre, de s'en protéger. C'est tellement plus facile que "d'accueillir" l'autre tout en acceptant son impuissance à le "guérir".

Aussi il y a sans doute comme un genre de pensée magique la-dessous : "Puisque moi je ne suis pas "fort" il n'est pas possible que la vie me confronte, moi, à la souffrance"

Et quand tu parles de l'exacerbation de ta sensibilité, oui quand ta cuirasse sera en loque, tu auras accès à a vraie force, qui est tout sauf dureté ou indifférence. Ca je le sais, je l'ai vécu et je peux en témoigner, mais l'expliquer pffffffffff

Bon, j'espère que je suis compréhensible :-))

4. Le mercredi, 2 février 2011, 23:35 par lynxxe

Claudine, très très compréhensible tu es ! :-)

Mais cette idée de pensée magique, c'est une perspective intéressante. je sentais bien que qualifier l'autre de "fort" c'est l'enfermer dans une posture et lui dénier aussi en quelque sorte la possibilité de souffrir, mais finalement c'est certainement aussi une protection. Nous sommes bien compliqués nous zotres les zumains !

Bon beh, voyons un peu cette cuirasse ! Une ouverture, tu sais, passe par un petit pinceau au bout des doigts, entre autres, et ça je le sens, et c'est bien bien agréable ! :-))

5. Le jeudi, 3 février 2011, 16:46 par La bouseuse

Merci de faire écho à ton tour ...

6. Le jeudi, 3 février 2011, 19:12 par Lôlà

Un jour le petit chat est mort, cette salope de voisine l'avait capturé et envoyé à la SPA qui l'a euthanasié. Je suis devenue folle, j'ai pris mon vélo, je suis passée au boulot j'ai dit que je ne pouvais pas venir à cette réunion, je pleurais, puis j'ai démissionné dans la foulée. Voilà je résultat, on est des détraqués mais c'est comme cela. On a l'air de rien quand il faut garder la face à la face du monde qui attend au carrefour que tu te goures fillette, que tu te goures.
Et puis PAF, six mois après le petit chaton du bas de l'immeuble est assassiné...

7. Le jeudi, 3 février 2011, 21:34 par Anthom

J'adhère totalement à l'hypothèse de la "pensée magique" formulée par Claudine. Je pense en effet que face aux difficultés de l'autre, il y a cette aspiration -souvent inconsciente je pense- à exorciser la souffrance pour éviter qu'elle nous touche à notre tour.

8. Le samedi, 5 février 2011, 11:17 par lynxxe

La bouseuse, bienvenue !

Lôlà, ah mais, nous tiendrons bon à la face du monde. Comme citait Xave, "bienheureux les fêlés car ils laissent passer la lumière".
Je pense aux petits chats.

Anthom, moi aussi, cette réflexion m'a fait réfléchir. Arriver à écouter sans interférer avec tout son ressenti. juste écouter et faire comprendre que l'on a entendu. Pas facile.

9. Le vendredi, 9 septembre 2011, 23:39 par presque toujours en écho

J'arrive après la bataille... Mais suis touchée.
T'ai mise en lien dans mon texte né de la lecture de la bouseuse, Xave et toi, on n'est pas loin de faire une chaine, m'enfin...

Celle qui eut de vraies cannes te salue.

10. Le samedi, 10 septembre 2011, 15:49 par lynxxe

Bienvenue Presque Toujours :-)
La bataille n'est pas terminée, alors c'est réconfortant une trace de passage et de pensée. Merci.

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