mercredi, 15 mars 2017

Toujours le monde recommence

Pour Chamamy et Marie réunies, tous mes souhaits de beaux anniversaires

Et cette pensée réconfortante j'espère : toujours le printemps revient



violettes sauvages, sur le chemin de l'étang

Violettes sauvages, sur le chemin de l'étang


Ce quelque chose - ou quelqu'un -
Venu de loin
Qui nous effleure avec douceur,
Dans la velléité de l'aube,
Pour nous annoncer que toujours
Le monde recommence.



Il nous entoure d'une tunique d'herbe
Et de rosée,
Puis s'en va à pas d'écureuil,
Nous laissant inter-dits,
Dans le jour iné-dit
Qui déjà commence.

François Cheng, de Par ici nous passons, Poésie/Gallimard


crocus, au pied du marronnier des chats

Crocus, au pied du marronnier des chats




le 15 février 2017

mardi, 14 mars 2017

Si les lions m'étaient contés...


christian laurent, the wise king

Christian Laurent, The wise king (2014)


« Un rire enfantin, haut et clair, ravi, merveilleux, sonna comme un tintement de clochettes dans le silence de la brousse. Et le rire qui lui répondit était plus merveilleux encore. Car c'était bien un rire. Du moins, je ne trouve pas dans mon esprit ni dans mes sens, un autre mot, une autre impression pour ce grondement énorme et débonnaire, cette rauque, puissante et animale joie. Cela ne pouvait pas être vrai. Cela tout simplement ne pouvait pas être.
A présent les deux rires - clochettes et rugissements - résonnaient ensemble. Quand ils cessèrent, j'entendis Patricia m'appeler.
Au-delà du mur végétal, il y avait un ample espace d'herbes rases. Sur le seuil de cette savane, un seul arbre s'élevait. Il n'était pas très haut. Mais de son tronc noueux et trapu partaient, comme les rayons d'une roue, de longues, fortes et denses branches qui formaient un parasol géant. Dans son ombre, la tête tournée de mon côté, un lion était couché sur le flanc. Un lion dans toute la force terrible de l'espèce et dans sa robe superbe. Le flot de sa crinière se répandait sur le mufle allongé contre le sol.
Et entre ses pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et rentrer leurs griffes, je vis Patricia. Son dos était serré contre le poitrail du fauve. Son cou se trouvait à la portée de la gueule entrouverte. Une de ses mains fourrageait dans la monstrueuse toison.»

Joseph Kessel, Le lion


Quand, pour la première fois, j'ai posé le pied sur le sol africain, j'ai immédiatement essayé de transpercer du regard les herbes de la savane qui entouraient le tarmac désert, quelque part entre Casablanca et Abidjan. J'avais six ans, je cherchais déjà les lions. J'en rêvais. Je ne les ai pas vus.
Au pays des huit collines où nous vivions, la végétation était si dense qu'il n'y avait probablement pas de lions, mais personne ne me l'a dit. Je lisais Le Lion de Kessel et je voulais moi aussi vivre auprès d'un lion, qu'il m'emmène avec lui et m'apprenne à vivre dans la brousse. Un lion pour jouer ensemble et s'aimer. J'attendais la rencontre avec une ferveur renouvelée, même si le lion n'est jamais venu.

Lorsqu'à 9 ans, j'ai dû partir de Côte d'Ivoire, je ne savais pas que c'était pour toujours. Non seulement personne n'avait souhaité m'avertir, mais tout le monde me parlait du prochain retour. Sans doute pour me protéger, tant j'étais emplie de ce pays que j'éprouvais mien de toute mon âme. J'observais la maison entière se déménager sans rien vouloir comprendre. Quand, un peu plus tard, j'ai enfin réalisé que je ne reviendrais pas, l'arrachement a été violent. Tout un temps, mes rêves m'ont ramenée chaque nuit en Afrique, chez moi, sous la voûte ombreuse de bambous surplombant l'allée menant à la maison, quand le prisme lumineux des verts du feuillage se mêle au rouge de la terre. Je retrouvais ceux que j'avais laissés derrière moi, l'ânon, les chats, les lapins, les moutons et boeufs du troupeau. Le lion de mes rendez-vous secrets. Tout ceux que j'aimais quand j'aspirais la liberté à pleins poumons, courant la brousse, pataugeant au bord du marigot, alors que mon coeur bondissait de joie comme un cabri sauvage. Mais les réveils étaient douloureux. J'avais quitté mon pays et mes bêtes sans avoir fait mes adieux et je les avais perdus. Le manque, lui, est toujours là.



le 14 mars 2017

lundi, 27 février 2017

Quand j'avais cinq ans ou six peut-être...


bambi, film d'animation de walt disney Il y avait Bambi, au coeur de la forêt glacée, appelant sa mère d'une voix chevrotante, inquiet de ne pas la voir derrière lui et projeté dans la déflagration de la perte suprême.
Bambi, vite, dans les fourrés ! Plus vite Bambi...
Ne te retourne pas... Cours dans la forêt... Cours...
Hors champ, juste un coup de fusil.
Maman ?.... Maman ?.... Maman ?......
Ta mère ne sera plus jamais auprès de toi, disait alors le Grand Prince de la Forêt, apparu à travers d'épais flocons de neige.


michka, marie colmont et rojan, albums du père castor
Il y avait Michka, l'ourson en peluche qui s'était senti tellement triste qu'il était parti de chez lui ce matin là, comme le jour commençait de blanchir la fenêtre et qui s'en allait dans la neige en tapant des talons… Michka qui levait haut les pattes, l'une après l'autre, et chaque fois qu'il en posait une, cela faisait dans la neige un petit trou rond.

peter pan, margaret lucie attwell, d'après james matthew barrie




Il y avait Peter Pan, le petit faune vêtu de feuilles sèches, qui ne savait pas même ce qu'était un baiser. Un gamin sauvage qui refusait d'envisager de devenir un adulte en redingote et col cassé, mais dont l'enfance éternelle résonnait de tant de solitude et de peurs.

froux le lièvre, rojan et lida, albums du père castor





Et il y avait Froux le levraut qui, à sa naissance, avait reçu trois cadeaux de mère Nature : un manteau invisible, deux cornets magiques et des bottes de sept lieues. Soit, une fourrure couleur de terre, de grandes oreilles réceptives, des pattes rapides et silencieuses… Froux qui galopait librement à travers champs et bois, jardins et potagers. Projetée au cœur même de son territoire par la magie de l'extraordinaire carte de ses parcours j'ai pu, enfant, courir sur les traces du lièvre Froux, suivre tant de pistes haletantes, découvrir tant de chemins, de parfums, de sons et de lumière.



le 27 février 2017

dimanche, 26 février 2017

On effleure les saisons, les arbres vibrent, le vent murmure…


bernard plossu, hirondelle, nijar, almeria, andalousie

Bernard Plossu, Hirondelle, Nijar, Almeria, Andalousie (1990)


On ne prend pas une photographie, on la "voit", puis on la partage avec les autres. Je pratique la photographie pour être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe. En apparence mes images sont poétiques et pas engagées. Mais pratiquer la poésie n'est-ce pas aussi résister à la bêtise ? La poésie est une forme de lutte souterraine qui contribue à changer les choses, à améliorer la condition humaine, la culture et l'environnement.

Bernard Plossu, in Plossu Cinéma

le 26 février 2017

samedi, 25 février 2017

Ils voient le monde différemment de nous


laurent baheux, baby baboon and its mother, botswana

Laurent Baheux, Baby baboon and its mother, Botswana (2009)


Comme les humains, les primates ont deux mains et une vision binoculaire, mais en fait, ils n’ont pas exactement le même Umwelt[1]. Si on met un chimpanzé dans une pièce, il va se demander où il peut s'accrocher et il va grimper sur la bibliothèque. Le chimpanzé regarde cette pièce plus tridimensionnellement que nous, singes bipèdes et terrestres, qui regardons les surfaces. Mais si on prend un oiseau, il regarde Paris de manière totalement différente : il voit les toits, les endroits où il peut se poser et ignore totalement les rues. Pour un éléphant ou un chien, le monde est fait d’odeurs, alors que nous donnons priorité à la vision. Si on étudie le poisson, la pieuvre, la chauve-souris, on doit prendre en compte le fait qu’ils perçoivent des mondes très différents. Et pourtant, nous n’avons pas de respect pour les cognitions différentes des nôtres. Comme nous n’utilisons pas l’écholocation, nous avons tendance à minimiser cette capacité chez le dauphin ou la chauve-souris. Trouver des insectes dans l’obscurité est une aptitude très complexe mais, comme nous ne le faisons pas, nous disons qu'il s'agit juste de la perception ou de l’instinct.

Frans de Waal, primatologue, entretien avec Natalie Levisalles
Laurent Baheux, le site du photographe

le 25 février 2017

Note

[1] L'Umwelt est la manière dont nous percevons notre environnement. Ce billet fait suite à la question d'Anthom à propos de l'anthropomorphisme et à mes propres interrogations. J'aime le point de vue de Frans de Waal qui trouve du bon à l'anthropomorphisme, toujours dans le cadre de l'observation animale. Il estime qu'exercer son empathie est nécessaire pour espérer comprendre quelque chose à ce qui se passe dans la tête des autres espèces. Se tenir à une distance "scientifique", dit-il, ne sert en réalité qu’à masquer notre gêne à reconnaître les émotions et aptitudes des animaux.

mercredi, 22 février 2017

Muse quadrupède


heleneDesplechin_Twoinone-2009.jpg

Hélène Desplechin, Two in one (2009)


Écureuil, loup, jeune fille, pousse des cris de rossignol
Mange cœur et foie sanglants
Au plus profond du lit, griffe le talon de la femme, hume la main de l’homme
Boit le lait du nourrisson
Tue la souris Adélaïde la lance au septième ciel
Offre le cadeau le cadavre aux époux bien-aimés
S’endort justifiée, sa queue, sa traîne entre ses gants de fourrure
Tes amants, tes enfants morts ou vifs, tu ne t’en souviens plus
Muse quadrupède, égérie sur un arbre, ton regard mystique interroge Dieu et le boucher

Béatrix Beck, Abigaïl, chatte, Entre le marteau et l'écume, Editions du Chemin de Fer

le 22 février 2017

mardi, 21 février 2017

La cause animale est la cause de l'humanité


valeria scrilatti, addax, from almost wild
« Pour moi, nos rapports aux animaux sont le miroir de ce que nous sommes devenus. Le système actuel de production de la viande reflète une société fondée sur l’exploitation sans limite des autres vivants. Le profit commande la réduction constante des coûts de revient, au mépris des animaux et du sens du travail humain. La dénonciation des conditions actuelles de vie et de mort des animaux s’inscrit dans un contexte plus large, lié à la critique d’un modèle de développement générateur de contre-productivités (sur le plan social et environnemental) et à une réflexion sur ce que pourrait être une société plus juste, dans laquelle les règles ne seraient pas déterminées pour le seul bénéfice des humains et même d’une minorité de personnes. Enfin, l’exploitation des animaux dans ces conditions et à cette échelle suppose une occultation de la réalité. Si les associations de défense des animaux, comme L214 et d’autres, ne montraient pas ce qui se passe dans les élevages intensifs et les abattoirs, le public penserait que la viande est produite sans causer de souffrance. »

Corine Pelluchon, Manifeste animaliste, Politiser la cause animale, Alma Editeur (la suite de l'entretien avec la philosophe)
Valeria Scrilatti, Addax, Almost Wild, giardino zoologico, Roma, 2011 (série Almost Wild)

le 21 février 2017

mardi, 15 mars 2016

Pensées pour Chamamy


magali lambert, tu es une merveille

Magali Lambert, exposition 'Tu Es Une Merveille' (2015)


Chamamy est la plus enchantée des poissons du joli mois des fous. Celle qui concocte avec son alambic photographique tout plein de grandes, petites et belles choses dans son jardin des merveilles.

Le site de la photographe Magali Lambert.

vendredi, 1 janvier 2016

Quand le chat est fol, la souris lance


george herriman, krazy cat, special drawing of new year's day 1923 in des moines capital

Dans le surréaliste Comté de Coconino en Arizona, une souris irascible jette une brique à la tête d'un chat. Le chat, qui est fou d'elle, croit que les coups qu'il prend sur le crâne sont des messages d'amour. Le bulldog shérif du Comté, secrètement épris du chat, ne rêve que de fourguer la souris en prison. On ne saura jamais le fin mot des aventures de ce drôle de trio amoureux, on ne saura jamais si Krazy Kat est une chatte ou un chat ni même finalement si Ignatz Mouse est une souris mâle ou femelle. Mais dans le fond, qu'importe. Le merveilleux sabir, javanais jazzy, chante à nos oreilles, les briques voltigent, l'amour est fol, et tout est possible. "Heppy New Yeer Every Body" !

georges herriman, krazy cat, planche de 1935-1936
Illustrations : George Herriman, Krazy Cat, special drawing of New Year's Day 1923 in Des Moines Capital, et planche de 1935-1936


lundi, 30 novembre 2015

Des Visages, Des Figures



patricia van de kamp, from my own wilderness

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

Quel visage

Veillant par-delà sa vue
Nous restitue
Visage ?

Quel visage

Surgi du fond des nôtres
Ancré dans l'argile
S'offre à l'horizon ?

Andrée Chedid, Épreuve du visage, in Épreuves du vivant (1983)

Patricia van de Kamp, from My own wilderness (2011-2012)



samedi, 19 septembre 2015

C'est ainsi que certains chats vivent


nico baumgarten, how the others half lives #1

« Pouvez-vous sentir la brise, comme elle caresse la peau ?
Pouvez-vous entendre le bruissement des feuilles
dans un coin ou l'autre de la cour ?
Et écouter le doux bruit des branches
se balançant dans le vent !

Regardez les briques, les pavés, les planches de bois.
Tous marqués par les traces du temps.
Tous abimés par les éléments.
Et ainsi je suis moi aussi.

Je ne voudrais pas manquer tout cela.
Pour rien au monde. »



nico baumgarten, how the other half lives #2

« Ai-je l'air normal pour vous ?
Je suppose que non.

Mais ceci est plus votre problème que le mien. Imaginez que, sans la notion de normalité, nous aurions probablement beaucoup moins de problèmes avec beaucoup moins de personnes. Nous serions plus curieux, plus ouverts et plus libres dans nos choix. Nous pourrions juste prendre, ici et là, de petits bouts de ce que nous aimons, et oser l'aventure de vivre une vie qui corresponde vraiment à nos désirs. Chacun, à sa façon, suivrait son propre chemin. Il n'y aurait pas de règles...

Hey, je vous ai demandé quelque chose : ai-je l'air normal pour vous ? »




Nico Baumgarten a parcouru les rues de Riga à l'approche des chats errants. Il les a observé et leur a posé des questions. Les chats ont accepté de s'entretenir avec lui et ont bien voulu se laisser photographier. L'album How the Other Half Lives nous dévoile leur environnement : terrasses, ruelles, bâtiments abandonnés, un univers urbain en décomposition. Puis apparaissent les chats, forts, dignes, fragiles, libres. ils nous font partager leur sagesse de la rue, la ségrégation et la discrimination, la solitude. Notre société.


samedi, 5 septembre 2015

C'est la glace finale...



La grenouille des bois d'Alaska

Une menace pèse sur ce blog. Si je ne m'attaque pas au plus tôt à l'obsolescence de mes pauvres vieilles PHP, zioup, un grand coup de banquise va lui tomber dessus. Le taulier va nous gélifier sur place (je dis "nous" parce qu'il trainent ici quantités de bestioles, lapins, moutons, éléphants, rhinocéros, vaches, girafes, petites bêtes, grenouilles, et chats évidemment). Au secooouuurs !


Et pendant ce temps, en Alaska, les grenouilles des bois enfouies sous des couches de feuilles et de neige, se laissent, elles, tranquillement congeler. Les deux tiers de l'eau qui les composent glacent, leur cœur cesse de battre, leur respiration est suspendue, leur sang ne circule presque plus, seules quelques cellules de leur cerveau restent en éveil. Pour survivre aux rigueurs extrêmes de l'hiver, ces demoiselles se transforment en glaçons. Elles se réveilleront guillerettes au printemps. Les grenouilles d'Alaska, ces merveilles, savent synthétiser des substances cryoprotectrices comme le glucose qui, en circulant dans leur corps, va éviter la dégradation des cellules lors de la cristallisation de l'eau et à la décongélation quand ces cristaux fondent. Chapeau Dame Nature !

Valentine, qui doute de mes capacités informatiques, me conseille de donner du glucose aux PHP plutôt que d'essayer de tenter de les moderniser. Et pourquoi pas ?

Source


dimanche, 12 juillet 2015

L'ermite de la glycine



Valentine dans sa glycine

Le dernier lieu à la mode greffière. La pipelette a - de nouveau - annexé la glycine. Une passion dont pour l'instant rien ne la détourne. Après avoir escaladé le tronc ou en se jetant carrément dans le feuillage du haut d'une fenêtre du premier, la voilà au coeur de la glycine pour la journée. Posée dans l'entremêlement des branches, elle médite, elle dort, elle observe. Et s'amuse probablement à me regarder la chercher, se sachant quasi inatteignable.


lundi, 16 mars 2015

La poule aux plumes d'or




alan shapiro, golden sebright bantam

Xanthome, du grec xhantos, jaune. C'est tout ce que je retiendrai de ce vilain mot.
Que cette jolie poulette, qui s'appelle Pluck, a su tourner en ravissant plumage.



Photographie Alan Shapiro, Golden Sebright Bantam (2014)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, xanthome)


dimanche, 15 mars 2015

Savage Beauty



alexander macqueen, widows of culloden, automne-hiver 2006

Il a certainement imaginé des Walkyries plus sombres et sanglantes, lui qui adorait les femmes puissantes, les sirènes guerrières, et qui rejouait sans cesse le lien entre la mode et la mort. Mais c'est celle-ci que j'aime, altière, mélancolique et vulnérable. Les bois de cette veuve de Culloden porteraient-ils un rêve ? Désormais, je ne ferai plus marche arrière. Je vais vous entraîner dans des voyages que jamais vous n’auriez pu imaginer, promettait le couturier Alexander McQueen. De ce que j'en sais, l'artiste a tenu parole.

La rétrospective Savage Beauty dédiée au créateur de mode britannique s'installe du 14 mars au 19 juillet 2015 au Victoria & Albert Museum de Londres.



Défilé Alexander McQueen , Prêt-à-porter automne-hiver 2006, Widows of Culloden, photographié par Michel Dufour
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, walkyrie)


samedi, 14 mars 2015

Toujours il y aura des pièces manquantes




sans toit ni loi, un film de agnès varda, avec sandrine bonnaire
Il manque toujours un élément pour comprendre la révolte de la vagabonde et pourquoi elle est sur la route. Dans la vie, c'est pareil : j'aime l'idée qu'on ne connaitra jamais l'autre. C'est un constat non pas d'échec, mais de sagesse.

Agnès Varda, à propos de son film



Sans toit ni loi, un film de Agnés Varda, avec Sandrine Bonnaire dans le rôle de Mona (1985)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, vagabond)


vendredi, 13 mars 2015

Ukulélé ? Oh yeah !




claudine doury, la petite véra #2, tonta, peuples de sibérie

Mes onze petits et grands secrets


1. Je ne sais pas jouer de l'ukulélé. Ni d'aucun instrument de musique. C'est dommage, mais ce que je regrette bien davantage est de ne pas savoir siffler avec les doigts.

2. J'ai été amoureuse de tous les Rolling Stones. Mais attention, l'un après l'autre. Ce temps est loin, Jagger a perdu de son aura, mais je reste indéfectiblement attachée à Keith Richards.

3. Ça ne me plait pas de bien aimer manger de la viande.

4. J'ai été durablement traumatisée, à cinq ans, par Bambi. Franchement, quand on entend le coup de fusil, que l'on voit Bambi se retourner en appelant : Maman... Maman... Maman... mais c'est insoutenable.

5. Je fais une fixette sur les cintres. Mes cintres sont basiques mais identiques. Verts pour les vêtements d'été (bien sûr, le vert c'est le printemps), blancs pour les vêtements d'hiver (mais oui, le blanc c'est la neige). Dans le même ordre d'idées, je ne conçois d'étendre une pièce qu'avec des épingles à linge de même couleur.

6. Je suis mal à l'aise dès que je me trouve avec plus de quatre personnes. Vraiment. Je ne sais pas quoi dire, je parle peu, le bavardage m'ennuie, je me sens à côté de la plaque.

7. Je ne mens que par écrit (j'affabule plutôt) ou par omission. Très difficilement quand on me pose une question directe. Et je ne suis pas diplomate.

8. Pour les repas de ma greffière Valentine, j'ai acheté de fort jolies coupelles chinoises. Blanches avec des motifs bleus. J'aime utiliser au quotidien des objets qui me plaisent.

9. Je n'aime pas jardiner, je ne m'occupe quasiment pas de mon jardin. Je regarde, c'est tout. Je crois que c'est parce qu'il est trop grand, il y manque des recoins où je serais à l'aise pour faire des essais. Mais il abrite une foule d'oiseaux, plein de mousse, et deux splendides glycines.

10. Je ne tue pas les mouches (les moustiques et les puces, si). Les mouches, je les invite gentiment à sortir de la maison. J'ai une sensibilité extrême au malheur animal. Hier, le jeune hérisson blessé trouvé dans mon jardin n'a pu être sauvé. Son regard n'a pas fini de me poursuivre.

11. Si les liens de parenté restent pour moi un mystère, je sais quand même que, par mes grands parents et mes parents, je suis écossaise, polonaise, italienne et française. Et j'ai été totalement envoutée par la brousse africaine de mon enfance.


leslie alsheimer, girls laughing, uganda


Mes réponses aux onze questions de Samantdi


1. Est-ce que tu as mangé des dragées dernièrement et à quelle occasion ?
Aucune dragée à l'horizon depuis des lustres. Les dernières remontent à au moins sept ans, c'était pour le mariage du fils de ma meilleure amie. Je fuis à bride abattue toutes les cérémonies où la distribution de dragées est de rigueur.

2. Est-ce que tu mets des chaussettes en coton, en laine ou transparentes ?
Pur coton. Marque italienne. A rayures. Absolument géniales (douces, ne serrent pas, ne s'abiment pas). Des cadeaux de luxe (j'en ai aussi des banales, mais jamais des transparentes).

3. Quel est le dernier objet que tu as fabriqué de tes mains ?
Euh ? Un collier de nouilles ?

4. Si tu devais quitter la France par obligation (coup d’état, persécutions…) dans quel pays irais-tu te réfugier ?
Au pays des Hobbits. Donc en Nouvelle-Zélande qui est leur pays de cinéma.

5. Est-ce que tu twittes depuis ton téléphone portable ?
Je ne twitte pas. De nulle part.

6. Tu te déplaces plutôt en voiture ou en transport en commun, au quotidien ?
Chez moi, en pleine campagne, uniquement en voiture, il n'y a que le bus scolaire qui passe. Quand je vais à la capitale, je prends plutôt le train (la gare est à 25 kms), et ensuite le métro ou le RER. Sauf si je dois rentrer tard, alors là c'est voiture.

7. Est-ce qu’il y a des jonquilles ou des narcisses chez toi au moment où tu lis ces lignes ?
Oui ! Depuis peu, les narcisses se sont déployés, parsemés un peu partout dans le jardin. C'est magnifique. Et j'ai dans mon bureau un gros bouquet de jonquilles. C'est le printemps !

8. Qu’est-ce qui se passe si on réveille le chat qui dort ?
Il se met sur le dos, les pattes en l'air, s'étirant langoureusement et baillant à s'en décrocher la mâchoire, demande que je lui grattouille le ventre en prenant un air béat. Consent un semblant de ronronnement, puis se retourne et se rendort aussi sec.

9. Y-a-t-il un avantage à mettre des pyjamas sans pieds aux enfants de moins d’un an, selon toi ?
Aucune idée. Les chats ne portent pas de pyjama.

10. Si je te dis « Léopoldine », que me réponds-tu ?
Proust. Mais je n'ai jamais lu Proust.

11. Quel tube des années 80 pourrais-tu me chantonner, là, tout de suite ?
C'est parti : Ils... m'entraînent au bout de la nuit, les... démons de minuit... ils m'entraînent jusqu'à l'insomnie, les ...fantômes de l'ennui.


sabine weiss, the angel, paris


Mes onze questions pour qui veut bien répondre


1. Dans la peau de…. pour une journée. Tu serais qui ?
2. A quoi penses-tu quand le vent se lève ?
3. Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
4. Tu préfères prendre un bain ou une douche ?
5. Quel est ta nourriture régressive préférée ?
6. Tu ferais des kilomètres pour quoi ?
7. Que vois-tu par la fenêtre de ta chambre ?
8. Quel est le film qui t'a fait schcouic schouic dans le coeur ?
9. Si je te dis : mistigri... tu me réponds... ?
10. Comment et quand as-tu appris à nager ? c'était bien ?
11. Quel est le mot qui te fait rire ?



Les consignes du jeu


  • citer la personne qui vous a mis ce tag sur le dos : un grand merci à Samantdi, c'est une usine à gaz ce bidule, mais un joyeux retour au bon vieux temps
  • raconter 11 petits (ou grands) secrets sur soi : fait
  • répondre aux 11 questions posées : fait
  • passer la patate chaude à onze blogs et les informer : bravo à qui souhaite prendre le relais, je ne citerai personne
  • poser 11 questions farfelues : elles y sont




Photographies Claudine Doury, La petite Vera #1, Tonta, Peuples de Sibérie (1998) ; Leslie Alsheimer, Girls Laughing, Uganda (2009) ; Sabine Weiss, The Angel, Paris (1995)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, ukulélé) (et hop, d'une pierre, deux coups)


jeudi, 12 mars 2015

Félin pour l'autre




nick brandt, lions head to head, masai mara

Une image de tendresse dédiée à nos amis les mistigris. Qui, dans la lointaine préhistoire à ce que l'on raconte, ont franchi notre seuil pour nous offrir le plaisir d'avoir, sous la main, un félin à caresser.

Les petits malins, en fait, avaient simplement décidé de se la couler douce dans nos cavernes, en attendant que les hommes se mettent à œuvrer comme des fous et inventent la civilisation qui assurerait le confort du chat.
C'est dire, rapporte Jacques Sternberg, que l'homme inventa des millions d'objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d'osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique.

Et voici comment, pour un peu de tendresse, nous sommes devenus des travailleurs acharnés. Et ce ne sont pas les lions, eux, qui se seraient laisser berner. De la tendresse, ils n'en manquent pas.


Photographie Nick Brandt, Lions head to head, Masai Mara (2008)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, tendresse)


mercredi, 11 mars 2015

Le stone roule toujours




ethan russel, keith richards, 'exits the starships'

La tournée de 1972 est connue sous différents noms : 'la tournée cocaïne et tequila sunrise', ou la STP pour 'Stones Touring Party', une fiesta permanente autour du monde, raconte Keith Richards. The greatest rock'n’roll in the world est en piste. L'avion privé estampillé de cette bouche immense, toute langue sortie, la quantité massive de médicaments, les virées au bout de la nuit, et la musique. La musique coulait de leurs doigts comme un fluide magique, sans effort, et pourtant consumée d'intensité. J'ai longtemps rêvé sur la légende et la musique. Le guitariste au riff qui tue. En ces temps là, Keith était flamboyant, sa beauté aiguisée, ses allures de pirate gipsy, sa nonchalance.

Nous avons tous vieilli. De temps en temps, la magie refait surface, la nostalgie s'éclaire d'un petit sourire sardonique. Le Midnight Rambler est de retour.



Photographie Ethan Russel, Keith Richards, Exits « The Starship » (1972)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, sardonique)


mardi, 10 mars 2015

La fausse Rastaquouère




valentine, à table

Bien sûr qu'elle n'a rien d'une rastaquouère ma greffière. Son ascendance est glorieuse, bien que non certifiée : elle est née au château d'à-côté dit-elle, mais sa noble famille (sic) l'a abandonnée près de mon jardin de roturière il y a bien longtemps à présent, annexé sans plus de cérémonie, la belle s'étant fait passer pour le cadeau du Père Noël (elle m'a trouvée fin décembre, le subterfuge fût aisé). Son langage est châtié (bien que...), son allure gracieuse, ses manières raffinées, sa prestance certaine avec son panache d'écureuil.

Mais voilà, à table, Valentine est une fantasque. Elle avait déjà le palais fort délicat, une récidive de pancréatite cet été l'a rendue quasi anorexique. Aujourd'hui, elle veut bien consentir à déguster quelques agapes. Sous conditions néanmoins.

Tout d'abord, permuter le cadre, changer les ambiances : dossier de canapé, assise du fauteuil, plan de travail, lit, buffet, appui de fenêtre (mais au sol, non, sauf sur le tapis). Ensuite, répartir les dinettes tout au long de la journée mais surtout varier le service : jolie coupelle chinoise tenue à sa hauteur, petites boulettes de pâtée alignées au bord de la soucoupe ou artistiquement déposées à la queue leu leu sur mon bureau (si si), offre à la becquée, dans ma main... repas à température ambiante, mitonné au micro-ondes, rafraichi au frigo. Évidemment, veiller à ne présenter que des mets approuvés : toujours des mousselines et jamais au grand jamais de bouchées (le mulot entier bizarrement ne semble pas poser de problème, mais il se fait rare au menu). Enfin, cela va sans dire, officier dans les règles irréprochables de l'hôtellerie de prestige : laisser mon inquiétude au vestiaire, me montrer enjouée, patiente, ne pas brusquer l'effarouchée ni contraindre la rebelle (encore moins la passer par la fenêtre). Alors, ma princesse charmeuse voudra bien consentir à la basse besogne de se nourrir. Et je l'en remercie.

Valentine n'est pas une rastaquouère. Valentine est une enquiquineuse. C'est comme cela que je l'aime.


Valentine, sur la chaise de ma grand-mère, attend que je lui serve son second repas du matin, photographiée par ma pomme (et ça se voit, c'est flou)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, rastaquouère)


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