dimanche, 23 avril 2017

Il faut prendre les légumes par les sentiments


Rodolphe franchi, chemin, histoires d'escargots

Rodolphe Franchi, Chemin, série Histoires d'escargots (2012)


Les jardiniers vivent au quotidien sur la pointe des pieds, ce sont des danseurs. Peu de métiers peuvent se vanter de jouer ainsi des sens sur quatre saisons. Quoi de plus beau que de donner la vie à un petit pois au printemps, à une tomate en été, à un céleri-rave en automne et à un cardon en hiver ! Le travail et les mains expertes font des légumes magnifiés : je veux que l'on parle de la carotte comme d'un grand cru !
Alain Passard, chef 100% légumes de l'Arpège, L'imaginaire des jardins, hors-série Télérama
Ici, les histoires d'escargots de Rodolphe Franchi




denis brihat, grand oignon germé, tirage argentique viré à l'or

Denis Brihat, Grand oignon germé, tirage argentique viré à l'or (2009)


Si les oignons font pleurer, c'est à cause du respect humain. Dans l'ancien temps, les oignons faisaient rire et chacun les respirait afin de trouver la gaieté. Un sage blâma ce rire dénué de fondement et les oignons en furent humiliés. Ils comprirent que les larmes seules sont tolérables sans motif.
Norge, Si les oignons font pleurer, Poésies 1923-1988, Poésie/Gallimard
, les images du photographe Denis Brihat


23 avril 2017


samedi, 22 avril 2017

Le monde est fini, le voyage commence


éric bouvet, tiananmen square, june 1, 1989

« Un graffiti, laissé aux abords de la place de la Nation par la manifestation du 1er Mai 2016, disait : Il n’y aura pas de présidentielle. Il suffit de se projeter au lendemain du second tour pour s’aviser de ce que ce tag contenait de prophétique : quel qu’il soit, le nouveau président sera tout aussi fantoche que l’actuel, sa légitimité à gouverner sera tout aussi introuvable, il sera tout aussi minoritaire et impotent. Cela ne tient pas seulement à l’extrême usure de la politique, au fait qu’il est devenu impossible de croire honnêtement à ce qui s’y fait et à ce qui s’y dit, mais au fait que les moyens de la politique sont dérisoires au regard de la profondeur de la catastrophe en cours. »

« Évidemment que la question n’est pas de sortir de l’euro, mais de sortir de l’économie, qui fait de nous des rats. Évidemment que le problème n’est pas l’envahissement par les étrangers, mais de vivre dans une société où nous sommes étrangers les uns aux autres et à nous-mêmes. Évidemment que la question n’est pas de restaurer le plein-emploi, mais d’en finir avec la nécessité de faire tout, et surtout n’importe quoi, pour gagner sa vie. Évidemment qu’il ne s’agit pas de faire de la politique autrement, mais de faire autre chose que de la politique – tant il est devenu évident que la politique n’est, à tous les niveaux, que le règne de la feinte et de la manigance. »

« Aucune révolution ne peut être plus folle que le temps que nous vivons – le temps de Trump et de Bachar, celui d’Uber et de l’État Islamique, de la chasse aux Pokémon et de l’extinction des abeilles. Se rendre ingouvernable n’est plus une lubie d’anarchiste, c’est devenu une nécessité vitale, dans la mesure où ceux qui nous gouvernent tiennent, de toute évidence, la barre d’un navire qui va au gouffre. Les observateurs les plus mesurés admettent que la politique se décompose, qualifient cette campagne d’insaisissable pour ne pas dire inexistante. Nous n’avons aucune raison de subir un rituel devenu si évidemment nocif. Nous sommes lassés de comprendre pourquoi tout va mal. »

« (…) La question est donc la suivante : comment faire pour que le vide intersidéral qui éclatera au lendemain des élections, quel que soit le vainqueur, ne soit pas le seul fait des jeunes, immédiatement réduits par un déploiement policier démesuré ? »

« Pour cela, il nous faut d’urgence réarmer nos perceptions et notre imagination politiques. Parvenir à déchiffrer cette époque et à déceler les possibles qu’elle contient, les chemins praticables. Et tenir qu’il n’y a pas eu de présidentielle, que tout ce cirque a assez duré, que ce monde doit être mis à l’arrêt au plus vite partout où nous sommes, sans attendre l’abîme. Cesser d’attendre, donc. Reprendre confiance en nous-mêmes. On pourra alors dire, comme Benjamin Fondane (1898-1944) : Le monde est fini. Le voyage commence. »

Julien Coupat et Mathieu Burnel, entretien avec Nicolas Truong, Le Monde, 20 avril 2017. Extraits. Texte en entier ici.
Via Le Journal de Jane
Photographie de Éric Bouvet, Tienanmen Square, June 1, 1989


22 avril 2017


vendredi, 14 avril 2017

Mais, où sont partis les paons ?



miho kajioka, mais où sont partis les paons #1

Juste après la catastrophe de Fukushima, j’ai découvert un article sur les paons qui avaient été laissés dans la zone, alors que la population, près de 110 000 personnes, avait été évacuée. Immédiatement, j'ai imaginé ces paons, leurs magnifiques ailes déployées, se promenant dans la ville désertée. L’image qui me venait à l'esprit était si éloignée de ce qui se passait à Fukushima. C’était comme si deux mondes radicalement opposés – la scène de ruines et de chaos et la scène des paons majestueux – dialoguaient, se superposant sans se confondre.
Depuis, je vois ces deux mondes, presque partout et constamment. Le désastre a eu un grand impact sur nous, et pourtant, la plupart d’entre nous ne savaient pas exactement ce qui s’était passé, ce qui se passait, et ce qui allait se passer dans l’avenir... Les saisons vont et viennent, les gens tombent amoureux, les enfants jouent. Il n’est pas mon intention d’introduire une note pessimiste ou de romancer la tragédie. De tous temps il y a eu des épreuves, et les belles choses sont toujours restées de belles choses...

Miho Kajioka, photographe, série Mais, où sont partis les paons (2012-2015), Galerie VU



miho kajioka, mais où sont partis les paons #2

14 avril 2017

dimanche, 2 avril 2017

Patchwork du dimanche


une vie de chat

Une vie de chat



2 avril 2017

samedi, 1 avril 2017

Une vie de chien


michel vanden eeckhoudt, inde

Michel Vanden Eeckhoudt, Inde (2008)


Il aimait dire que ses images voyageaient sur les ailes du hasard et du doute, qu'il était bien que les images posent question, qu'elles fassent réfléchir et que c'était pour cette raison qu'il limitait les légendes au strict minimum. Si on donne trop de détails, cela risque de rétrécir le chemin offert au regardeur. Une certaine dose d'ambiguïté, ça me plaît. L'humour et la douleur, la légèreté et l'angoisse : ces deux facettes sont toujours présentes dans mon travail. La vie est comme ça.


michel vanden eeckhoudt, île maurice

Michel Vanden Eeckhoudt, Ile Maurice (1991)


S’il fallait un verbe pour caractériser le geste photographique de Michel Vanden Eeckhoudt, écrit Jean-Christophe Bailly dans la préface du livre Doux-Amer, alors ce serait le verbe ramasser, avec ce qu’il indique de lenteur mais aussi d’égards : on ne ramasse que ce qui est tombé. Et là je vois le geste de celui qui, ayant vu quelque chose au sol, se baisse, le prend dans sa main et le contemple... Ce qui veut dire qu’ainsi conçue la photographie n’est pas seulement une pratique ou son résultat, mais qu’elle est une attitude, une conduite, une certaine façon de se disposer envers le réel.


Michel Vanden Eeckhoudt, Agence Vu
le 1er avril 2017

vendredi, 31 mars 2017

À ceux qui ne sont pas là


masao yamamoto, kawa=flow #1642

... Oursi Ourson Ourzoula
Je voudrais que tu sois là
Que tu frappes à la porte
Et tu me dirais c’est moi
Devine ce que j’apporte
Et tu m’apporterais toi
...
C’est dimanche il est 8 heures
Et je ne veux pas sortir
Et je m’ennuie à mourir
Alors je t’écris mon ange
Une chanson du dimanche
Une chanson pas très drôle
Mais on y ajoutera
Mardi soir un grand couplet
Viens dormir sur mon épaule
Et on ne dormira pas.

Boris Vian, Berceuse pour les Ours qui ne sont pas là (1951)
Masao Yamamoto, série Kawa=Flow #1642 (2015)

31 mars 2017

mercredi, 29 mars 2017

Un peu de soleil dans l'eau sale


le corête du jardin

Le corête du jardin


Le corête se pomponne joyeusement d'un jaune radieux, le cognassier joue les grands timides en ouvrant quelques délicates fleurs roses, les tulipes vont faire les folles un peu partout toutes enturbannées de couleurs. Les talus du jardin et ceux de la forêt derrière la maison se tapissent de primevères sauvages. J'attends la première hirondelle. J'espère voir bientôt la belle messagère fendre avec allégresse le ciel au-dessus du jardin. Les merles cavalent dans l'herbe. Les chants d'oiseaux jaillissent par giclées, des pépiements pressés, un sifflement impérieux, de tendres rengorgements qui se bousculent et s'enchevêtrent. La vie fait ici un doux, un vif bruit d'ailes, le jardin ouvre ses bras. J'ai décidé cette année de le garnir de dahlias.

Mais c'est moins le printemps que l'An 01, ce projet utopique de Gébé puis Doillon, formulé il y a bien longtemps, qui me trotte en tête, tant j'aimerais un autre monde. Une société pacifiquement révolutionnaire, où la politique politicienne et ses invraisemblables acteurs[1] seraient abolis, où chacun pourrait vaquer à ce qu'il aime, tout en assurant quelques tâches indispensables (concocter des spaghetti par exemple). Ce grand chambardement débuterait par des actions toutes simples de la vie quotidienne : ne pas prendre ce train là mais prendre le train suivant et même ne plus prendre le train du tout. Ou encore faire un pas de côté. Allez, on arrête tout !


l'an 01, une bande dessinée de gébé


le 29 mars 2017

Note

[1] Entre autres, parce que la liste des désastreux est longue, avez-vous vu comment l'homme aux costards - oui, celui qui est lancé dans une intolérable fuite en avant électorale - sait, mieux que quiconque, faire comprendre combien il est voyou ? Beh oui, le Balafré comme il se désigne lui-même, n'est autre que Al Capone, gangster qui a fait fortune dans la fraude et le traffic (Scarface, lui, c'était l'alcool), également amateur de beaux costumes...

mercredi, 15 mars 2017

Toujours le monde recommence

Pour Chamamy et Marie réunies, tous mes souhaits de beaux anniversaires

Et cette pensée réconfortante j'espère : toujours le printemps revient



violettes sauvages, sur le chemin de l'étang

Violettes sauvages, sur le chemin de l'étang


Ce quelque chose - ou quelqu'un -
Venu de loin
Qui nous effleure avec douceur,
Dans la velléité de l'aube,
Pour nous annoncer que toujours
Le monde recommence.



Il nous entoure d'une tunique d'herbe
Et de rosée,
Puis s'en va à pas d'écureuil,
Nous laissant inter-dits,
Dans le jour iné-dit
Qui déjà commence.

François Cheng, de Par ici nous passons, Poésie/Gallimard


crocus, au pied du marronnier des chats

Crocus, au pied du marronnier des chats




le 15 février 2017

mardi, 14 mars 2017

Si les lions m'étaient contés...


christian laurent, the wise king

Christian Laurent, The wise king (2014)


« Un rire enfantin, haut et clair, ravi, merveilleux, sonna comme un tintement de clochettes dans le silence de la brousse. Et le rire qui lui répondit était plus merveilleux encore. Car c'était bien un rire. Du moins, je ne trouve pas dans mon esprit ni dans mes sens, un autre mot, une autre impression pour ce grondement énorme et débonnaire, cette rauque, puissante et animale joie. Cela ne pouvait pas être vrai. Cela tout simplement ne pouvait pas être.
A présent les deux rires - clochettes et rugissements - résonnaient ensemble. Quand ils cessèrent, j'entendis Patricia m'appeler.
Au-delà du mur végétal, il y avait un ample espace d'herbes rases. Sur le seuil de cette savane, un seul arbre s'élevait. Il n'était pas très haut. Mais de son tronc noueux et trapu partaient, comme les rayons d'une roue, de longues, fortes et denses branches qui formaient un parasol géant. Dans son ombre, la tête tournée de mon côté, un lion était couché sur le flanc. Un lion dans toute la force terrible de l'espèce et dans sa robe superbe. Le flot de sa crinière se répandait sur le mufle allongé contre le sol.
Et entre ses pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et rentrer leurs griffes, je vis Patricia. Son dos était serré contre le poitrail du fauve. Son cou se trouvait à la portée de la gueule entrouverte. Une de ses mains fourrageait dans la monstrueuse toison.»

Joseph Kessel, Le lion


Quand, pour la première fois, j'ai posé le pied sur le sol africain, j'ai immédiatement essayé de transpercer du regard les herbes de la savane qui entouraient le tarmac désert, quelque part entre Casablanca et Abidjan. J'avais six ans, je cherchais déjà les lions. J'en rêvais. Je ne les ai pas vus.
Au pays des huit collines où nous vivions, la végétation était si dense qu'il n'y avait probablement pas de lions, mais personne ne me l'a dit. Je lisais Le Lion de Kessel et je voulais moi aussi vivre auprès d'un lion, qu'il m'emmène avec lui et m'apprenne à vivre dans la brousse. Un lion pour jouer ensemble et s'aimer. J'attendais la rencontre avec une ferveur renouvelée, même si le lion n'est jamais venu.

Lorsqu'à 9 ans, j'ai dû partir de Côte d'Ivoire, je ne savais pas que c'était pour toujours. Non seulement personne n'avait souhaité m'avertir, mais tout le monde me parlait du prochain retour. Sans doute pour me protéger, tant j'étais emplie de ce pays que j'éprouvais mien de toute mon âme. J'observais la maison entière se déménager sans rien vouloir comprendre. Quand, un peu plus tard, j'ai enfin réalisé que je ne reviendrais pas, l'arrachement a été violent. Tout un temps, mes rêves m'ont ramenée chaque nuit en Afrique, chez moi, sous la voûte ombreuse de bambous surplombant l'allée menant à la maison, quand le prisme lumineux des verts du feuillage se mêle au rouge de la terre. Je retrouvais ceux que j'avais laissés derrière moi, l'ânon, les chats, les lapins, les moutons et boeufs du troupeau. Le lion de mes rendez-vous secrets. Tout ceux que j'aimais quand j'aspirais la liberté à pleins poumons, courant la brousse, pataugeant au bord du marigot, alors que mon coeur bondissait de joie comme un cabri sauvage. Mais les réveils étaient douloureux. J'avais quitté mon pays et mes bêtes sans avoir fait mes adieux et je les avais perdus. Le manque, lui, est toujours là.



le 14 mars 2017

lundi, 27 février 2017

Quand j'avais cinq ans ou six peut-être...


bambi, film d'animation de walt disney Il y avait Bambi, au coeur de la forêt glacée, appelant sa mère d'une voix chevrotante, inquiet de ne pas la voir derrière lui et projeté dans la déflagration de la perte suprême.
Bambi, vite, dans les fourrés ! Plus vite Bambi...
Ne te retourne pas... Cours dans la forêt... Cours...
Hors champ, juste un coup de fusil.
Maman ?.... Maman ?.... Maman ?......
Ta mère ne sera plus jamais auprès de toi, disait alors le Grand Prince de la Forêt, apparu à travers d'épais flocons de neige.


michka, marie colmont et rojan, albums du père castor
Il y avait Michka, l'ourson en peluche qui s'était senti tellement triste qu'il était parti de chez lui ce matin là, comme le jour commençait de blanchir la fenêtre et qui s'en allait dans la neige en tapant des talons… Michka qui levait haut les pattes, l'une après l'autre, et chaque fois qu'il en posait une, cela faisait dans la neige un petit trou rond.

peter pan, margaret lucie attwell, d'après james matthew barrie




Il y avait Peter Pan, le petit faune vêtu de feuilles sèches, qui ne savait pas même ce qu'était un baiser. Un gamin sauvage qui refusait d'envisager de devenir un adulte en redingote et col cassé, mais dont l'enfance éternelle résonnait de tant de solitude et de peurs.

froux le lièvre, rojan et lida, albums du père castor





Et il y avait Froux le levraut qui, à sa naissance, avait reçu trois cadeaux de mère Nature : un manteau invisible, deux cornets magiques et des bottes de sept lieues. Soit, une fourrure couleur de terre, de grandes oreilles réceptives, des pattes rapides et silencieuses… Froux qui galopait librement à travers champs et bois, jardins et potagers. Projetée au cœur même de son territoire par la magie de l'extraordinaire carte de ses parcours j'ai pu, enfant, courir sur les traces du lièvre Froux, suivre tant de pistes haletantes, découvrir tant de chemins, de parfums, de sons et de lumière.



le 27 février 2017

dimanche, 26 février 2017

On effleure les saisons, les arbres vibrent, le vent murmure…


bernard plossu, hirondelle, nijar, almeria, andalousie

Bernard Plossu, Hirondelle, Nijar, Almeria, Andalousie (1990)


On ne prend pas une photographie, on la "voit", puis on la partage avec les autres. Je pratique la photographie pour être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe. En apparence mes images sont poétiques et pas engagées. Mais pratiquer la poésie n'est-ce pas aussi résister à la bêtise ? La poésie est une forme de lutte souterraine qui contribue à changer les choses, à améliorer la condition humaine, la culture et l'environnement.

Bernard Plossu, in Plossu Cinéma

le 26 février 2017

samedi, 25 février 2017

Ils voient le monde différemment de nous


laurent baheux, baby baboon and its mother, botswana

Laurent Baheux, Baby baboon and its mother, Botswana (2009)


Comme les humains, les primates ont deux mains et une vision binoculaire, mais en fait, ils n’ont pas exactement le même Umwelt[1]. Si on met un chimpanzé dans une pièce, il va se demander où il peut s'accrocher et il va grimper sur la bibliothèque. Le chimpanzé regarde cette pièce plus tridimensionnellement que nous, singes bipèdes et terrestres, qui regardons les surfaces. Mais si on prend un oiseau, il regarde Paris de manière totalement différente : il voit les toits, les endroits où il peut se poser et ignore totalement les rues. Pour un éléphant ou un chien, le monde est fait d’odeurs, alors que nous donnons priorité à la vision. Si on étudie le poisson, la pieuvre, la chauve-souris, on doit prendre en compte le fait qu’ils perçoivent des mondes très différents. Et pourtant, nous n’avons pas de respect pour les cognitions différentes des nôtres. Comme nous n’utilisons pas l’écholocation, nous avons tendance à minimiser cette capacité chez le dauphin ou la chauve-souris. Trouver des insectes dans l’obscurité est une aptitude très complexe mais, comme nous ne le faisons pas, nous disons qu'il s'agit juste de la perception ou de l’instinct.

Frans de Waal, primatologue, entretien avec Natalie Levisalles
Laurent Baheux, le site du photographe

le 25 février 2017

Note

[1] L'Umwelt est la manière dont nous percevons notre environnement. Ce billet fait suite à la question d'Anthom à propos de l'anthropomorphisme et à mes propres interrogations. J'aime le point de vue de Frans de Waal qui trouve du bon à l'anthropomorphisme, toujours dans le cadre de l'observation animale. Il estime qu'exercer son empathie est nécessaire pour espérer comprendre quelque chose à ce qui se passe dans la tête des autres espèces. Se tenir à une distance "scientifique", dit-il, ne sert en réalité qu’à masquer notre gêne à reconnaître les émotions et aptitudes des animaux.

mercredi, 22 février 2017

Muse quadrupède


heleneDesplechin_Twoinone-2009.jpg

Hélène Desplechin, Two in one (2009)


Écureuil, loup, jeune fille, pousse des cris de rossignol
Mange cœur et foie sanglants
Au plus profond du lit, griffe le talon de la femme, hume la main de l’homme
Boit le lait du nourrisson
Tue la souris Adélaïde la lance au septième ciel
Offre le cadeau le cadavre aux époux bien-aimés
S’endort justifiée, sa queue, sa traîne entre ses gants de fourrure
Tes amants, tes enfants morts ou vifs, tu ne t’en souviens plus
Muse quadrupède, égérie sur un arbre, ton regard mystique interroge Dieu et le boucher

Béatrix Beck, Abigaïl, chatte, Entre le marteau et l'écume, Editions du Chemin de Fer

le 22 février 2017

mardi, 21 février 2017

La cause animale est la cause de l'humanité


valeria scrilatti, addax, from almost wild
« Pour moi, nos rapports aux animaux sont le miroir de ce que nous sommes devenus. Le système actuel de production de la viande reflète une société fondée sur l’exploitation sans limite des autres vivants. Le profit commande la réduction constante des coûts de revient, au mépris des animaux et du sens du travail humain. La dénonciation des conditions actuelles de vie et de mort des animaux s’inscrit dans un contexte plus large, lié à la critique d’un modèle de développement générateur de contre-productivités (sur le plan social et environnemental) et à une réflexion sur ce que pourrait être une société plus juste, dans laquelle les règles ne seraient pas déterminées pour le seul bénéfice des humains et même d’une minorité de personnes. Enfin, l’exploitation des animaux dans ces conditions et à cette échelle suppose une occultation de la réalité. Si les associations de défense des animaux, comme L214 et d’autres, ne montraient pas ce qui se passe dans les élevages intensifs et les abattoirs, le public penserait que la viande est produite sans causer de souffrance. »

Corine Pelluchon, Manifeste animaliste, Politiser la cause animale, Alma Editeur (la suite de l'entretien avec la philosophe)
Valeria Scrilatti, Addax, Almost Wild, giardino zoologico, Roma, 2011 (série Almost Wild)

le 21 février 2017

mardi, 15 mars 2016

Pensées pour Chamamy


magali lambert, tu es une merveille

Magali Lambert, exposition 'Tu Es Une Merveille' (2015)


Chamamy est la plus enchantée des poissons du joli mois des fous. Celle qui concocte avec son alambic photographique tout plein de grandes, petites et belles choses dans son jardin des merveilles.

Le site de la photographe Magali Lambert.

vendredi, 1 janvier 2016

Quand le chat est fol, la souris lance


george herriman, krazy cat, special drawing of new year's day 1923 in des moines capital

Dans le surréaliste Comté de Coconino en Arizona, une souris irascible jette une brique à la tête d'un chat. Le chat, qui est fou d'elle, croit que les coups qu'il prend sur le crâne sont des messages d'amour. Le bulldog shérif du Comté, secrètement épris du chat, ne rêve que de fourguer la souris en prison. On ne saura jamais le fin mot des aventures de ce drôle de trio amoureux, on ne saura jamais si Krazy Kat est une chatte ou un chat ni même finalement si Ignatz Mouse est une souris mâle ou femelle. Mais dans le fond, qu'importe. Le merveilleux sabir, javanais jazzy, chante à nos oreilles, les briques voltigent, l'amour est fol, et tout est possible. "Heppy New Yeer Every Body" !

georges herriman, krazy cat, planche de 1935-1936
Illustrations : George Herriman, Krazy Cat, special drawing of New Year's Day 1923 in Des Moines Capital, et planche de 1935-1936


lundi, 30 novembre 2015

Des Visages, Des Figures



patricia van de kamp, from my own wilderness

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

Quel visage

Veillant par-delà sa vue
Nous restitue
Visage ?

Quel visage

Surgi du fond des nôtres
Ancré dans l'argile
S'offre à l'horizon ?

Andrée Chedid, Épreuve du visage, in Épreuves du vivant (1983)

Patricia van de Kamp, from My own wilderness (2011-2012)



samedi, 19 septembre 2015

C'est ainsi que certains chats vivent


nico baumgarten, how the others half lives #1

« Pouvez-vous sentir la brise, comme elle caresse la peau ?
Pouvez-vous entendre le bruissement des feuilles
dans un coin ou l'autre de la cour ?
Et écouter le doux bruit des branches
se balançant dans le vent !

Regardez les briques, les pavés, les planches de bois.
Tous marqués par les traces du temps.
Tous abimés par les éléments.
Et ainsi je suis moi aussi.

Je ne voudrais pas manquer tout cela.
Pour rien au monde. »



nico baumgarten, how the other half lives #2

« Ai-je l'air normal pour vous ?
Je suppose que non.

Mais ceci est plus votre problème que le mien. Imaginez que, sans la notion de normalité, nous aurions probablement beaucoup moins de problèmes avec beaucoup moins de personnes. Nous serions plus curieux, plus ouverts et plus libres dans nos choix. Nous pourrions juste prendre, ici et là, de petits bouts de ce que nous aimons, et oser l'aventure de vivre une vie qui corresponde vraiment à nos désirs. Chacun, à sa façon, suivrait son propre chemin. Il n'y aurait pas de règles...

Hey, je vous ai demandé quelque chose : ai-je l'air normal pour vous ? »




Nico Baumgarten a parcouru les rues de Riga à l'approche des chats errants. Il les a observé et leur a posé des questions. Les chats ont accepté de s'entretenir avec lui et ont bien voulu se laisser photographier. L'album How the Other Half Lives nous dévoile leur environnement : terrasses, ruelles, bâtiments abandonnés, un univers urbain en décomposition. Puis apparaissent les chats, forts, dignes, fragiles, libres. ils nous font partager leur sagesse de la rue, la ségrégation et la discrimination, la solitude. Notre société.


samedi, 5 septembre 2015

C'est la glace finale...



La grenouille des bois d'Alaska

Une menace pèse sur ce blog. Si je ne m'attaque pas au plus tôt à l'obsolescence de mes pauvres vieilles PHP, zioup, un grand coup de banquise va lui tomber dessus. Le taulier va nous gélifier sur place (je dis "nous" parce qu'il trainent ici quantités de bestioles, lapins, moutons, éléphants, rhinocéros, vaches, girafes, petites bêtes, grenouilles, et chats évidemment). Au secooouuurs !


Et pendant ce temps, en Alaska, les grenouilles des bois enfouies sous des couches de feuilles et de neige, se laissent, elles, tranquillement congeler. Les deux tiers de l'eau qui les composent glacent, leur cœur cesse de battre, leur respiration est suspendue, leur sang ne circule presque plus, seules quelques cellules de leur cerveau restent en éveil. Pour survivre aux rigueurs extrêmes de l'hiver, ces demoiselles se transforment en glaçons. Elles se réveilleront guillerettes au printemps. Les grenouilles d'Alaska, ces merveilles, savent synthétiser des substances cryoprotectrices comme le glucose qui, en circulant dans leur corps, va éviter la dégradation des cellules lors de la cristallisation de l'eau et à la décongélation quand ces cristaux fondent. Chapeau Dame Nature !

Valentine, qui doute de mes capacités informatiques, me conseille de donner du glucose aux PHP plutôt que d'essayer de tenter de les moderniser. Et pourquoi pas ?

Source


dimanche, 12 juillet 2015

L'ermite de la glycine



Valentine dans sa glycine

Le dernier lieu à la mode greffière. La pipelette a - de nouveau - annexé la glycine. Une passion dont pour l'instant rien ne la détourne. Après avoir escaladé le tronc ou en se jetant carrément dans le feuillage du haut d'une fenêtre du premier, la voilà au coeur de la glycine pour la journée. Posée dans l'entremêlement des branches, elle médite, elle dort, elle observe. Et s'amuse probablement à me regarder la chercher, se sachant quasi inatteignable.


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