Lédésor

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dimanche, 3 juin 2012

Pas de deux




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Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes
tant de pensées divines.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d'oeillères.

Je ne cesserai pas
de chanter, la rue, le parc, la mer,
car je te connais,
car je t'aime et te connais



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Je ne cesserai pas
d'apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais ;
car je te crains,
car je t'aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t'aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l'adieu
ne remonte sur l'eau.

Edmond Jabès, Chanson pour toi (extrait) - Je bâtis ma demeure, Gallimard

Sally Gall, Blossom #10, Study for a Roman Fresco, Tossed (le site de la photographe)




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vendredi, 25 mai 2012

J'ai la mélancolie du temps qui passe




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Je suis à un moment de la vie, de ma vie peut-être, où les choses m'apparaissent à cet instant précis où elles tiennent encore suspendues avant qu'elles ne s'abattent. Sans qu'il ne soit possible qu'elles s'en relèvent. Justement parce qu'il n'y a plus de temps. Que leur temps est passé et ne reviendra pas. C'est un sentiment déroutant que de se sentir au bord d'irrémédiables changements. Il est des seuils où l'on perçoit les finitudes s'accroitre à chaque seconde.
Est-ce vraiment triste, je ne le sais pas.



Tableau de Frédéric Benrath, Passage de la ligne VIII (son site)


mercredi, 23 mai 2012

Pourquoi que je vis



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Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...

Boris Vian, Je voudrais pas crever (1951-1959)

Pablo Picasso, Visage, Céramiques Editions Madoura (1963)




L'autre soir, j'ai vu Jean-Louis Trintignant. Pas pour de vrai. Mais de près. Il est de ces taiseux que j'aime. Il vit retiré sur ses terres du Sud. Il n'aime plus tellement faire de films. Il a quand même tourné dans 'Amour' de Michael Haneke avec Emmanuelle Riva. Il aime parcourir les petites villes pour lire les poètes sur fond de jazz, Robert Desnos, Jacques Prévert, Boris Vian. Vous avez entendu la voix de Jean-Louis Trintignant ? Cette voix réservée, élégante, douce comme un chat qui lance une griffe. Vous l'imaginez racontant Prévert, Desnos et Vian ? Mais c'est un bonheur.
« Pourquoi que je vis ? Parce que c'est joli.»

Documentaire de Serge Korber (2012)


mardi, 22 mai 2012

Vous ouvrez les possibles




Et pendant ce temps, au Quebec




jeudi, 10 mai 2012

Sus aux fantômes emmerdouilleurs !




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Valentine Chacureuil est très contrariée. Il se passe de drôles de choses à la maison des bois. Des fantômes mal intentionnés se baladent dans la tuyauterie, occasionnant des débordements par ci, des blocages par là, du goutte à goutte ailleurs... Et pire, il y en a un même un qui a osé établir ses pénates sur mon dos pour y jouer de la contrebasse. Valentine, gardienne du foyer très attachée au maintien de l'ordre, m'assure en outre que d'identiques bizarreries se déroulent chez un de ses grands amis du woueb.
Tandis qu'elle chausse ses gants de boxe et fait chauffer de menaçantes mixtures dans son grand chaudron afin de procéder séance tenante à un exorcisme ici et là-bas, je m'en vais quérir le secours de la littérature.


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C'est moi l'ours des tuyauteries de l'immeuble, des tuyaux de l'eau chaude, du chauffage, de l'air frais, je vais par les tuyaux d'étage en étage, je suis l'ours qui va par les tuyaux.

Je crois qu'on m'apprécie car mon poil nettoie impeccablement les conduits, je cours dans les tuyaux sans répit et sans trêve et rien ne me plaît tant que de passer d'étage en étage en glissant le long des tuyaux. Parfois, je sors une patte par un robinet et la jeune fille du troisième crie qu'elle s'est brûlée, ou je grogne à la hauteur du fourneau du deuxième et la cuisinière Wilhelmine se plaint qu'il tire mal. La nuit, je vais en silence, je vais sur la pointe des pattes, je sors mon nez sur le toit pour voir si la lune danse là-haut, puis je me laisse glisser dans la cheminée, comme le vent, jusqu'aux chaudières du sous-sol. Et l'été, je nage la nuit dans le réservoir piqueté d'étoiles, je me lave le museau, d'abord avec une patte, puis avec l'autre, puis avec les deux à la fois ce qui me remplit d'une joie extrême.

Après quoi, je dégringole par tous les tuyaux de la maison en grognant d'aise et les maris-et-femmes s'agitent dans leurs lits et pestent contre la plomberie défectueuse. Il y en a même qui allument et notent sur un petit papier : penser à se plaindre au gérant. Je cherche le robinet qui est resté ouvert à quelque étage -il y en a toujours un- je mets le nez dehors et je regarde l'obscurité des chambres où vivent ces êtres qui ne peuvent se promener dans les tuyaux et j'ai un peu pitié d'eux à les voir si grands et si maladroits, à les entendre ronfler et rêver à voix haute, ils sont si seuls. Lorsque le matin ils se lavent la figure, je leur caresse les joues, je leur lèche le nez, et je m'en vais, vaguement assuré de leur avoir fait un peu de bien.

Julio Cortázar, Discours de l'ours, in Cronopes et Fameux, NRF/Gallimard

Maurice Sendak, Max et les Maximonstres, L’École des loisirs



Nous décidons donc, avant d'aller dormi ce soir, de glisser ce beau discours à la chaudière, notre Dieu Lare, qui nous n'en doutons pas, en ronronnera de plaisir et mandatera l'ours pour chasser tous les emmerdouilleurs de tuyaux. Et peut-être même que demain matin, un ours me posera sur le nez un bisou tout mouillé (au lieu qu'un chat me dépose sur les pieds un mulot terrorisé).



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dimanche, 22 avril 2012

Bandiera rossa la trionféra




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Avanti o popolo, alla riscossa
Bandiera rossa, bandiera rossa
Avanti o popolo, alla riscossa
Bandiera rossa trionferà.

Bandiera rossa la trionferà
Bandiera rossa la trionferà
Bandiera rossa la trionferà
Evviva il socialismo e la libertà!



Galerie photos de reurinkjan, Windhorses inTibetan, lungta



dimanche, 25 mars 2012

Je t'aime...




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« Avouer un intérêt pour le monde animal ou une affection pour tel animal en particulier, provoque souvent une gêne dans la conversation, comme si vous aviez révélé un pan honteux de votre sexualité ! Pourtant, qui peut nier, dans la longue histoire de notre vie commune, la complexité de nos sentiments à l'égard des bêtes - et réciproquement ? A commencer par la peur, peut-être l'affect principal qui motive les réactions de part et d'autre. Voyez la rapidité avec laquelle, aujourd'hui comme hier, il nous faut créer des "bêtes", des nuisibles, contaminateurs d'épidémies, prédateurs, tueurs : oiseaux migrateurs, vaches, vautours, ours...»

Jean-Christophe Bailly, philosophe et poète

Tim Flach, photographe d'animaux et d'humains (site)



samedi, 17 mars 2012

Echange de mots est commerce de pierres




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Aiguise tes refus sur la lame d'un silence. Ne dis rien de tes absences. Parler, pourquoi parler ?
Echange de mots est commerce de pierres. Ce qui, pour venir aux lèvres, demande si peu de temps et de songes ne peut être rien de bon.

Répands l'encre et le plomb sur ta langue : si tu pars, que ce soit lèvres closes, dans l'éclat prolongé d'une rêverie.

Christian Bobin, Le Colporteur, L’Enchantement simple, Poésie/Gallimard

Juan Manuel Castro Prieto, Pasticheria de Arbaminch, Série Etiopia, Agence VU' (site)



dimanche, 11 mars 2012

On avait l'âge des confitures, des billes et des îles au trésor




Hubert Félix Thiéfaine, "La Ruelle des morts"

(album Suppléments de mensonge, 2011)





samedi, 21 janvier 2012

Space Oddity




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Quelque part, je lis : J'écris (...) pour me reconnecter au centre de mon moi. Pétard de sort, qu'est-ce que c'est que ça ? Ailleurs, je tombe sur une citation de Cioran (que je n'ai pour l'heure pas lu) : Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu’il demeure esclave du passé ou de l’avenir. La belle affaire bien péremptoire que voilà.

Mon moi ? Mon soi ? Mon soi-même ?

Si tant est que j'entre en liaison avec le centre de mon moi ou qui sait que je descende dans les tréfonds de mon for intérieur, je n'y trouverai sûrement pas de moi. J'y trouverai les autres, tantôt l'un, tantôt l'autre, tantôt des foules. Les mots que je leur adresse, les discours qu'ils me tiennent. Descendre en moi, ce serait trouver un monde, des mondes, des histoires qui s'y racontent. Des sacs de nœuds et des embrouilles. Ou un rien. Du plein et du vide. Mais du moi, que dalle. J'en veux pas.



Photographie de Lee Miller, Portrait of space


vendredi, 13 janvier 2012

Signe de coeur




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Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

Robert Desnos, Il était une feuille, Les portes battantes (1936)

André Kertesz, Untitled (1979)



jeudi, 12 janvier 2012

Un ange passe




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Poser sa tête sur un oreiller
Et sur cet oreiller dormir
et dormant rêver
A des choses curieuses ou d'avenir,

Rêvant croire à ce qu'on rêve
Et rêvant garder la notion
De la vie qui passe sans trêve
Du soir à l'aube sans rémission.

Robert Desnos, Rêves (extrait), Destinée arbitraire

Maureen Bisilliat, Ensaio Pele Preta (1963)



dimanche, 1 janvier 2012

C'est pas tout tout ça mais c'est la bonne année, ouais




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Eh beh, même du côté des greffiers (enfin ceux de chez moi), c'est l'expectative. On ne peut pas dire que la nouvelle année nous transporte d'allégresse. Ni que, au vu des coups durs dans nos rangs et partout dans le monde en 2011, nous soyons vraiment persuadés de l'utilité des bons vœux.
Enfin, quand même, nous n'avons, les greffiers et moi, qu'un seul souhait à formuler, du plus profond de notre estomac qui n'est pas encore descendu dans nos talons : que sarko et toute sa clique - toute, toute celle qui a soigneusement été mise en place - dégagent en 2012, bien bien bien bien loin. Déjà l'air sera un peu plus respirable. Les bons vents d'ailleurs soufflent du Sud. Le vœu n'est pas très original en ces temps de plomb, et quelqu'un de très bien l'a déjà formulé avant moi, mais voilà, il m'occupe puissamment.

Et à part ça, à vous qui passez par ici, une belle année, n'est-ce pas. Du fond du cœur ce coup ci. :-D



Illustrations : There are cats de Viviane Schwarz (son site)


samedi, 24 décembre 2011

Aïe Carambar !




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Carambar, par Sylvain Naudin



Ah, cette délicate papillote jaune citron élégamment colorée de fuchsia et portant au dos d'absurdes blagounettes, ce bâton de 8 cm de long merveilleusement dur et collant qui pourrait bien arracher une dent quand on le mastique et qui bousille le fond des poches quand on l'y oublie tout poisseux, ce goût délectable de caramel industriel.
Gloire au Carambar, mon bonbon fétiche, ce délice qui fait coller les baisers.

Dire qu’on a bien failli ne jamais en croquer. Car oui, le Carambar, comme les Bêtises de Cambrai, est le fruit d’une bavure. En 1954 à Marcq-en-Barœul dans le Nord, dans l’usine du chocolat Delespaul-Havez. Selon la légende, c’est par accident qu’un mélange de caramel et de cacao aurait atterri dans une machine déréglée et aurait donné naissance à la célèbre confiserie…

Et maintenant, à vos fourneaux ! Il ne sera certes pas question de la Vodka Tagada, nectar réservé au jour de l'An. Mais en ce jour d'agapes...



... voici la recette secrète et interdite du Gâteau aux carambars et marshmallows

Recette à la portée de la plus nulle des pâtissières, le plus complexe étant d'enlever les papillotes en lisant les blagues. Valentine Chacureuil s'en lèche déjà les moustaches en se marrant.

Il faut : 44 carambars au caramel, 1 paquet de chamallows (200 grammes), 185 grammes de beurre, 1/4 de paquet de rice krispies (80 grammes).

Mettre dans un saladier tous les carambars, les marsmallows, le beurre. Cuire 5 minutes au micro-ondes en touillant une ou deux fois pendant la cuisson. Lisser avec une spatule, la pâte doit former un ruban. Incorporer les rice krispies. Faire refroidir dans un moule rectangulaire, puis laisser reposer 12 heures au frigo. Découper et se régaler. Ce sera parfait au douzième coup de minuit, si ceux ci résonnent bien à Noël, car là j'ai un doute.


vendredi, 23 décembre 2011

See you later, alligator !




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After a while, my crocodile !



Illustration de Glen Baxter


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