mardi, 15 mars 2016

Pensées pour Chamamy



magali lambert, tu es une merveille

Magali Lambert, exposition 'Tu Es Une Merveille' (2015)



Chamamy est la plus enchantée des poissons du joli mois des fous. Celle qui concocte avec son alambic photographique tout plein de grandes, petites et belles choses dans son jardin des merveilles.

Le site de la photographe Magali Lambert.



vendredi, 1 janvier 2016

Quand le chat est fol, la souris lance




george herriman, krazy cat, special drawing of new year's day 1923 in des moines capital

Dans le surréaliste Comté de Coconino en Arizona, une souris irascible jette une brique à la tête d'un chat. Le chat, qui est fou d'elle, croit que les coups qu'il prend sur le crâne sont des messages d'amour. Le bulldog shérif du Comté, secrètement épris du chat, ne rêve que de fourguer la souris en prison. On ne saura jamais le fin mot des aventures de ce drôle de trio amoureux, on ne saura jamais si Krazy Kat est une chatte ou un chat ni même finalement si Ignatz Mouse est une souris mâle ou femelle. Mais dans le fond, qu'importe. Le merveilleux sabir, javanais jazzy, chante à nos oreilles, les briques voltigent, l'amour est fol, et tout est possible. "Heppy New Yeer Every Body" !




georges herriman, krazy cat, planche de 1935-1936


Illustrations : George Herriman, Krazy Cat, special drawing of New Year's Day 1923 in Des Moines Capital, et planche de 1935-1936



lundi, 30 novembre 2015

Des Visages, Des Figures



patricia van de kamp, from my own wilderness

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

Quel visage

Veillant par-delà sa vue
Nous restitue
Visage ?

Quel visage

Surgi du fond des nôtres
Ancré dans l'argile
S'offre à l'horizon ?

Andrée Chedid, Épreuve du visage, in Épreuves du vivant (1983)

Patricia van de Kamp, from My own wilderness (2011-2012)



samedi, 19 septembre 2015

C'est ainsi que certains chats vivent



nico baumgarten, how the others half lives #1

Pouvez-vous sentir la brise, comme elle caresse la peau ?
Pouvez-vous entendre le bruissement des feuilles
dans un coin ou l'autre de la cour ?
Et écouter le doux bruit des branches
se balançant dans le vent !

Regardez les briques, les pavés, les planches de bois.
Tous marqués par les traces du temps.
Tous abimés par les éléments.
Et ainsi je suis moi aussi.

Je ne voudrais pas manquer tout cela.
Pour rien au monde.




nico baumgarten, how the other half lives #2

Ai-je l'air normal pour vous ?
Je suppose que non.

Mais ceci est plus votre problème que le mien. Imaginez que, sans la notion de normalité, nous aurions probablement beaucoup moins de problèmes avec beaucoup moins de personnes. Nous serions plus curieux, plus ouverts et plus libres dans nos choix. Nous pourrions juste prendre, ici et là, de petits bouts de ce que nous aimons, et oser l'aventure de vivre une vie qui corresponde vraiment à nos désirs. Chacun, à sa façon, suivrait son propre chemin. Il n'y aurait pas de règles...

Hey, je vous ai demandé quelque chose : ai-je l'air normal pour vous ?




Nico Baumgarten a parcouru les rues de Riga à l'approche des chats errants. Il les a observé et leur a posé des questions. Les chats ont accepté de s'entretenir avec lui et ont bien voulu se laisser photographier. L'album How the Other Half Lives nous dévoile leur environnement : terrasses, ruelles, bâtiments abandonnés, un univers urbain en décomposition. Puis apparaissent les chats, forts, dignes, fragiles, libres. ils nous font partager leur sagesse de la rue, la ségrégation et la discrimination, la solitude. Notre société.


samedi, 5 septembre 2015

C'est la glace finale...



La grenouille des bois d'Alaska

Une menace pèse sur ce blog. Si je ne m'attaque pas au plus tôt à l'obsolescence de mes pauvres vieilles PHP, zioup, un grand coup de banquise va lui tomber dessus. Le taulier va nous gélifier sur place (je dis "nous" parce qu'il trainent ici quantités de bestioles, lapins, moutons, éléphants, rhinocéros, vaches, girafes, petites bêtes, grenouilles, et chats évidemment). Au secooouuurs !


Et pendant ce temps, en Alaska, les grenouilles des bois enfouies sous des couches de feuilles et de neige, se laissent, elles, tranquillement congeler. Les deux tiers de l'eau qui les composent glacent, leur cœur cesse de battre, leur respiration est suspendue, leur sang ne circule presque plus, seules quelques cellules de leur cerveau restent en éveil. Pour survivre aux rigueurs extrêmes de l'hiver, ces demoiselles se transforment en glaçons. Elles se réveilleront guillerettes au printemps. Les grenouilles d'Alaska, ces merveilles, savent synthétiser des substances cryoprotectrices comme le glucose qui, en circulant dans leur corps, va éviter la dégradation des cellules lors de la cristallisation de l'eau et à la décongélation quand ces cristaux fondent. Chapeau Dame Nature !

Valentine, qui doute de mes capacités informatiques, me conseille de donner du glucose aux PHP plutôt que d'essayer de tenter de les moderniser. Et pourquoi pas ?

Source


dimanche, 12 juillet 2015

L'ermite de la glycine



Valentine dans sa glycine

Le dernier lieu à la mode greffière. La pipelette a - de nouveau - annexé la glycine. Une passion dont pour l'instant rien ne la détourne. Après avoir escaladé le tronc ou en se jetant carrément dans le feuillage du haut d'une fenêtre du premier, la voilà au coeur de la glycine pour la journée. Posée dans l'entremêlement des branches, elle médite, elle dort, elle observe. Et s'amuse probablement à me regarder la chercher, se sachant quasi inatteignable.


lundi, 16 mars 2015

La poule aux plumes d'or




alan shapiro, golden sebright bantam

Xanthome, du grec xhantos, jaune. C'est tout ce que je retiendrai de ce vilain mot.
Que cette jolie poulette, qui s'appelle Pluck, a su tourner en ravissant plumage.



Photographie Alan Shapiro, Golden Sebright Bantam (2014)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, xanthome)


dimanche, 15 mars 2015

Savage Beauty



alexander macqueen, widows of culloden, automne-hiver 2006

Il a certainement imaginé des Walkyries plus sombres et sanglantes, lui qui adorait les femmes puissantes, les sirènes guerrières, et qui rejouait sans cesse le lien entre la mode et la mort. Mais c'est celle-ci que j'aime, altière, mélancolique et vulnérable. Les bois de cette veuve de Culloden porteraient-ils un rêve ? Désormais, je ne ferai plus marche arrière. Je vais vous entraîner dans des voyages que jamais vous n’auriez pu imaginer, promettait le couturier Alexander McQueen. De ce que j'en sais, l'artiste a tenu parole.

La rétrospective Savage Beauty dédiée au créateur de mode britannique s'installe du 14 mars au 19 juillet 2015 au Victoria & Albert Museum de Londres.



Défilé Alexander McQueen , Prêt-à-porter automne-hiver 2006, Widows of Culloden, photographié par Michel Dufour
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, walkyrie)


samedi, 14 mars 2015

Toujours il y aura des pièces manquantes




sans toit ni loi, un film de agnès varda, avec sandrine bonnaire
Il manque toujours un élément pour comprendre la révolte de la vagabonde et pourquoi elle est sur la route. Dans la vie, c'est pareil : j'aime l'idée qu'on ne connaitra jamais l'autre. C'est un constat non pas d'échec, mais de sagesse.

Agnès Varda, à propos de son film



Sans toit ni loi, un film de Agnés Varda, avec Sandrine Bonnaire dans le rôle de Mona (1985)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, vagabond)


vendredi, 13 mars 2015

Ukulélé ? Oh yeah !




claudine doury, la petite véra #2, tonta, peuples de sibérie

Mes onze petits et grands secrets


1. Je ne sais pas jouer de l'ukulélé. Ni d'aucun instrument de musique. C'est dommage, mais ce que je regrette bien davantage est de ne pas savoir siffler avec les doigts.

2. J'ai été amoureuse de tous les Rolling Stones. Mais attention, l'un après l'autre. Ce temps est loin, Jagger a perdu de son aura, mais je reste indéfectiblement attachée à Keith Richards.

3. Ça ne me plait pas de bien aimer manger de la viande.

4. J'ai été durablement traumatisée, à cinq ans, par Bambi. Franchement, quand on entend le coup de fusil, que l'on voit Bambi se retourner en appelant : Maman... Maman... Maman... mais c'est insoutenable.

5. Je fais une fixette sur les cintres. Mes cintres sont basiques mais identiques. Verts pour les vêtements d'été (bien sûr, le vert c'est le printemps), blancs pour les vêtements d'hiver (mais oui, le blanc c'est la neige). Dans le même ordre d'idées, je ne conçois d'étendre une pièce qu'avec des épingles à linge de même couleur.

6. Je suis mal à l'aise dès que je me trouve avec plus de quatre personnes. Vraiment. Je ne sais pas quoi dire, je parle peu, le bavardage m'ennuie, je me sens à côté de la plaque.

7. Je ne mens que par écrit (j'affabule plutôt) ou par omission. Très difficilement quand on me pose une question directe. Et je ne suis pas diplomate.

8. Pour les repas de ma greffière Valentine, j'ai acheté de fort jolies coupelles chinoises. Blanches avec des motifs bleus. J'aime utiliser au quotidien des objets qui me plaisent.

9. Je n'aime pas jardiner, je ne m'occupe quasiment pas de mon jardin. Je regarde, c'est tout. Je crois que c'est parce qu'il est trop grand, il y manque des recoins où je serais à l'aise pour faire des essais. Mais il abrite une foule d'oiseaux, plein de mousse, et deux splendides glycines.

10. Je ne tue pas les mouches (les moustiques et les puces, si). Les mouches, je les invite gentiment à sortir de la maison. J'ai une sensibilité extrême au malheur animal. Hier, le jeune hérisson blessé trouvé dans mon jardin n'a pu être sauvé. Son regard n'a pas fini de me poursuivre.

11. Si les liens de parenté restent pour moi un mystère, je sais quand même que, par mes grands parents et mes parents, je suis écossaise, polonaise, italienne et française. Et j'ai été totalement envoutée par la brousse africaine de mon enfance.


leslie alsheimer, girls laughing, uganda


Mes réponses aux onze questions de Samantdi


1. Est-ce que tu as mangé des dragées dernièrement et à quelle occasion ?
Aucune dragée à l'horizon depuis des lustres. Les dernières remontent à au moins sept ans, c'était pour le mariage du fils de ma meilleure amie. Je fuis à bride abattue toutes les cérémonies où la distribution de dragées est de rigueur.

2. Est-ce que tu mets des chaussettes en coton, en laine ou transparentes ?
Pur coton. Marque italienne. A rayures. Absolument géniales (douces, ne serrent pas, ne s'abiment pas). Des cadeaux de luxe (j'en ai aussi des banales, mais jamais des transparentes).

3. Quel est le dernier objet que tu as fabriqué de tes mains ?
Euh ? Un collier de nouilles ?

4. Si tu devais quitter la France par obligation (coup d’état, persécutions…) dans quel pays irais-tu te réfugier ?
Au pays des Hobbits. Donc en Nouvelle-Zélande qui est leur pays de cinéma.

5. Est-ce que tu twittes depuis ton téléphone portable ?
Je ne twitte pas. De nulle part.

6. Tu te déplaces plutôt en voiture ou en transport en commun, au quotidien ?
Chez moi, en pleine campagne, uniquement en voiture, il n'y a que le bus scolaire qui passe. Quand je vais à la capitale, je prends plutôt le train (la gare est à 25 kms), et ensuite le métro ou le RER. Sauf si je dois rentrer tard, alors là c'est voiture.

7. Est-ce qu’il y a des jonquilles ou des narcisses chez toi au moment où tu lis ces lignes ?
Oui ! Depuis peu, les narcisses se sont déployés, parsemés un peu partout dans le jardin. C'est magnifique. Et j'ai dans mon bureau un gros bouquet de jonquilles. C'est le printemps !

8. Qu’est-ce qui se passe si on réveille le chat qui dort ?
Il se met sur le dos, les pattes en l'air, s'étirant langoureusement et baillant à s'en décrocher la mâchoire, demande que je lui grattouille le ventre en prenant un air béat. Consent un semblant de ronronnement, puis se retourne et se rendort aussi sec.

9. Y-a-t-il un avantage à mettre des pyjamas sans pieds aux enfants de moins d’un an, selon toi ?
Aucune idée. Les chats ne portent pas de pyjama.

10. Si je te dis « Léopoldine », que me réponds-tu ?
Proust. Mais je n'ai jamais lu Proust.

11. Quel tube des années 80 pourrais-tu me chantonner, là, tout de suite ?
C'est parti : Ils... m'entraînent au bout de la nuit, les... démons de minuit... ils m'entraînent jusqu'à l'insomnie, les ...fantômes de l'ennui.


sabine weiss, the angel, paris


Mes onze questions pour qui veut bien répondre


1. Dans la peau de…. pour une journée. Tu serais qui ?
2. A quoi penses-tu quand le vent se lève ?
3. Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
4. Tu préfères prendre un bain ou une douche ?
5. Quel est ta nourriture régressive préférée ?
6. Tu ferais des kilomètres pour quoi ?
7. Que vois-tu par la fenêtre de ta chambre ?
8. Quel est le film qui t'a fait schcouic schouic dans le coeur ?
9. Si je te dis : mistigri... tu me réponds... ?
10. Comment et quand as-tu appris à nager ? c'était bien ?
11. Quel est le mot qui te fait rire ?



Les consignes du jeu


  • citer la personne qui vous a mis ce tag sur le dos : un grand merci à Samantdi, c'est une usine à gaz ce bidule, mais un joyeux retour au bon vieux temps
  • raconter 11 petits (ou grands) secrets sur soi : fait
  • répondre aux 11 questions posées : fait
  • passer la patate chaude à onze blogs et les informer : bravo à qui souhaite prendre le relais, je ne citerai personne
  • poser 11 questions farfelues : elles y sont




Photographies Claudine Doury, La petite Vera #1, Tonta, Peuples de Sibérie (1998) ; Leslie Alsheimer, Girls Laughing, Uganda (2009) ; Sabine Weiss, The Angel, Paris (1995)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, ukulélé) (et hop, d'une pierre, deux coups)


jeudi, 12 mars 2015

Félin pour l'autre




nick brandt, lions head to head, masai mara

Une image de tendresse dédiée à nos amis les mistigris. Qui, dans la lointaine préhistoire à ce que l'on raconte, ont franchi notre seuil pour nous offrir le plaisir d'avoir, sous la main, un félin à caresser.

Les petits malins, en fait, avaient simplement décidé de se la couler douce dans nos cavernes, en attendant que les hommes se mettent à œuvrer comme des fous et inventent la civilisation qui assurerait le confort du chat.
C'est dire, rapporte Jacques Sternberg, que l'homme inventa des millions d'objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d'osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique.

Et voici comment, pour un peu de tendresse, nous sommes devenus des travailleurs acharnés. Et ce ne sont pas les lions, eux, qui se seraient laisser berner. De la tendresse, ils n'en manquent pas.


Photographie Nick Brandt, Lions head to head, Masai Mara (2008)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, tendresse)


mercredi, 11 mars 2015

Le stone roule toujours




ethan russel, keith richards, 'exits the starships'

La tournée de 1972 est connue sous différents noms : 'la tournée cocaïne et tequila sunrise', ou la STP pour 'Stones Touring Party', une fiesta permanente autour du monde, raconte Keith Richards. The greatest rock'n’roll in the world est en piste. L'avion privé estampillé de cette bouche immense, toute langue sortie, la quantité massive de médicaments, les virées au bout de la nuit, et la musique. La musique coulait de leurs doigts comme un fluide magique, sans effort, et pourtant consumée d'intensité. J'ai longtemps rêvé sur la légende et la musique. Le guitariste au riff qui tue. En ces temps là, Keith était flamboyant, sa beauté aiguisée, ses allures de pirate gipsy, sa nonchalance.

Nous avons tous vieilli. De temps en temps, la magie refait surface, la nostalgie s'éclaire d'un petit sourire sardonique. Le Midnight Rambler est de retour.



Photographie Ethan Russel, Keith Richards, Exits « The Starship » (1972)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, sardonique)


mardi, 10 mars 2015

La fausse Rastaquouère




valentine, à table

Bien sûr qu'elle n'a rien d'une rastaquouère ma greffière. Son ascendance est glorieuse, bien que non certifiée : elle est née au château d'à-côté dit-elle, mais sa noble famille (sic) l'a abandonnée près de mon jardin de roturière il y a bien longtemps à présent, annexé sans plus de cérémonie, la belle s'étant fait passer pour le cadeau du Père Noël (elle m'a trouvée fin décembre, le subterfuge fût aisé). Son langage est châtié (bien que...), son allure gracieuse, ses manières raffinées, sa prestance certaine avec son panache d'écureuil.

Mais voilà, à table, Valentine est une fantasque. Elle avait déjà le palais fort délicat, une récidive de pancréatite cet été l'a rendue quasi anorexique. Aujourd'hui, elle veut bien consentir à déguster quelques agapes. Sous conditions néanmoins.

Tout d'abord, permuter le cadre, changer les ambiances : dossier de canapé, assise du fauteuil, plan de travail, lit, buffet, appui de fenêtre (mais au sol, non, sauf sur le tapis). Ensuite, répartir les dinettes tout au long de la journée mais surtout varier le service : jolie coupelle chinoise tenue à sa hauteur, petites boulettes de pâtée alignées au bord de la soucoupe ou artistiquement déposées à la queue leu leu sur mon bureau (si si), offre à la becquée, dans ma main... repas à température ambiante, mitonné au micro-ondes, rafraichi au frigo. Évidemment, veiller à ne présenter que des mets approuvés : toujours des mousselines et jamais au grand jamais de bouchées (le mulot entier bizarrement ne semble pas poser de problème, mais il se fait rare au menu). Enfin, cela va sans dire, officier dans les règles irréprochables de l'hôtellerie de prestige : laisser mon inquiétude au vestiaire, me montrer enjouée, patiente, ne pas brusquer l'effarouchée ni contraindre la rebelle (encore moins la passer par la fenêtre). Alors, ma princesse charmeuse voudra bien consentir à la basse besogne de se nourrir. Et je l'en remercie.

Valentine n'est pas une rastaquouère. Valentine est une enquiquineuse. C'est comme cela que je l'aime.


Valentine, sur la chaise de ma grand-mère, attend que je lui serve son second repas du matin, photographiée par ma pomme (et ça se voit, c'est flou)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, rastaquouère)


lundi, 9 mars 2015

Etranges mathématiques




karol kallay, albanien, ochrid see

Je remercie les tartes aux pommes. Sans leur savoureux partage en quart, en tiers ou en huitième, jamais je n'aurais approché le mystère des fractions et de leur réduction. Je remercie les chevaux. Si je ne les avais pas imaginés caracolant dans la pâture, jamais je n'aurais pu faire le décompte exact des intervalles entre les piquets de leur enclos.

Je n'ai pas le sens de l'abstraction. J'ai perdu les mathématiques dès qu'elles ont échappé au monde concret et sensible, dès qu'elles ne se sont plus laissées conter avec des billes, des allumettes ou des gâteaux. Les ensembles, leur union et leur intersection, la géométrie dans l'espace, les équations et le théorème de Pythagore font partie des grandes énigmes de notre monde, que j'aurais tant aimé comprendre. De même les feuilles de style CSS, les discours HTML, qui me plongent dans un abime de perplexité. Aujourd'hui encore, je ne pourrais dire du premier coup avec certitude combien il y a de centilitres dans un quart de litre, ni distinguer sans faillir la droite de la gauche, ni indiquer le plus court chemin d'un point à un autre.
Je n'ai pas non plus la connaissance des liens de parenté. Je n'ai pas l'intuition immédiate de ce qui réunit des cousins, je ne saisis pas comment se dénomme, pour des petits-enfants, la sœur de leur grand-père. Ni ce qu'est un père.

Car je relie entre eux tous ces manquement. Ils puisent selon moi à la faille de mes origines.


Photographie Karol Kallay, Albanien, Ochrid See (1958)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, quart)


dimanche, 8 mars 2015

Quels éblouissements ! Quelle joaillerie !




henri matisse, découpant des papiers peints gouachés pour 'la négresse', par hélène adant

Dans le soir de sa vie, Matisse peint avec des ciseaux, la ligne devient couleur, spontanéité, joie. Tout est neuf, tout et frais comme si le monde venait de naitre, disait-il à Louis Gillet. Une fleur, une feuille, un caillou, tout chatoie, tout est lustré, verni. Vous ne pouvez vous imaginer comme c'est beau ! Je me dis quelquefois que nous profanons la vie : à force de voir les choses, nous ne les regardons plus.


Henri Matisse découpant des papiers gouachés pour 'La Négresse', photographié dans sa maison de Nice vers 1952, par Hélène Adant
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, papier)


samedi, 7 mars 2015

Dans l'océan de ta chevelure




raoul hausmann, nu aux cheveux blonds

Dis-moi, ton cœur parfois s'envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l'immonde cité,
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
Dis-moi, ton cœur parfois s'envole-t-il, Agathe ?

Charles Baudelaire, Moesta et Errabunda (extrait)


Photographie Raoul Hausmann, Nu aux cheveux blonds (1930)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, océan)


vendredi, 6 mars 2015

Ils posent des questions sur nous




chris herzfeld, elikia, lola ya bonobo, congo-kinshasa

Je ne sais quel est l'âge de ce bébé bonobo et, à vrai dire, sa date de naissance m'importe moins que son regard qui me happe. Chris Herzfeld photographie les grands singes et espère, par ce face à face, qu'on ne voit plus ces primates comme des bêtes sauvages mais comme des êtres spécifiques. S'ils ne sont pas nous, ils posent des questions sur nous. Dans le regard que ces grands singes nous lancent sur ces photos, l'anthropologue Pascal Picq voit beaucoup de tristesse - qu'est-ce qui fait que nous risquons de ne bientôt pouvoir survivre qu'en captivité ? Et une remise en cause de nous-mêmes parce que nous n'avons pas été capables de voir ce qu'ils sont.


Chris Herzfeld, Elikia, dans l'unique sanctuaire réservé aux bonobos, Lola ya Bonobo, au Congo-Kinshasa
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, naissance)


jeudi, 5 mars 2015

J'écoute brouter au Texas




burton pritzker, steer #2, big spring, texas, série texas rangeland

Ruminez les gazons bêtes.
C'est encore loin l'empyrée
Après quoi vous soupirez
Comme l'ours et le poète.

Ce qui fait votre langage
Si noble et riche de ton,
C'est qu'il puise dans l'herbage
Le cri même du limon

Tu rêves, je rêve, ils rêvent.
Ô, ma vache ensommeillée,
Crois-tu que les nuits s'achèvent,
Crois-tu qu'on va s'éveiller ?

Norge, Ode aux vaches (extrait)


PS : Contrairement à ce que les apparences laisseraient entendre (mais faut-il jamais se fier aux apparences ?), il s'avère que l'imposant spécimen texan ci-dessus se prénomme Marguerite... Merci les vaches, je suis dans les clous fleurs.


Burton Pritzker, Steer #2, Big Spring, Texas, série Texas Rangeland (1995)
Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, marguerite)


mercredi, 4 mars 2015

L'étincelle attrapée dans sa prunelle




anna karina, vivre sa vie de jean-luc godard

C'est notre histoire. C'est l'histoire d'un peintre qui fait le portrait de sa femme. Tu veux que je continue ?
- Oui.

Mais le peintre est à ce point obsédé par son œuvre d'art qu'il en oublie son modèle. Et il ne voyait pas que le fard qu'il étalait sur la toile était retiré des joues de celle assise près de lui. Au moment où le peintre réalise la dernière touche du tableau, il s'exclame : C'est la vie elle-même ! Il se tourna soudainement vers sa bien-aimée : Elle était morte ! Nana a le visage penché un peu tendrement et énigmatiquement vers son amant. Elle cligne des yeux et s'assombrit, une larme affleure. Le dénouement de Vivre sa vie est joué. Nana sera abattue par des proxénètes lors d'un échange d'argent.


Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, larme)
Anna Karina, Nana dans Vivre sa vie de Jean-Luc Godard (1962)


mardi, 3 mars 2015

Si j'étais kaolin...




montage : cygne endormi & couches de glaces

Ma greffière Valentine, très à cheval sur les principes (dès lors que les principes ne la concernent pas, est-il besoin de le préciser) s'offusque : tu ne vas pas me dire que c'est du kaolin là ? Mais si que je lui réponds. Le kaolin c'est blanc, c'est lisse ou ça crisse, alors si j'étais kaolin je voudrais être douce comme la plume et dure comme la glace. N'est-il pas beau mon kaolin ? A contrecœur, elle en convient.


Jeu « Les 366 alphabétiques », proposé par Gilsoub (aujourd'hui, kaolin)
Montage : cygne endormi de Nigel French, & couches de glaces


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